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mardi, 17 octobre 2006

L'ESPERANCE

                                           

 

L'Espérance ne viendra jamais qu'aux yeux brûlés,
aux yeux perdus.

L'Espérance ne viendra jamais qu'à ceux qui ne l'attendaient plus.

Elle viendra le lendemain
quand les fleurs seront fanées
quand les guirlandes en papier seront défraîchies
quand les décors seront démontés.

Elle ne viendra que le lendemain
quand les costumes seront au placard,
les maquillages démasqués,
quand le rimmel aura coulé
et quand la scène sera vide.

Elle viendra pieds nus
à tâtons
comme un boiteux qu se met à danser
comme un aveugle qui se prend à voir
comme un sourd qui, d'un seul coup, entend

L'Espérance viendra
comme un matin frileux
comme un soleil encore dans son nuage.

Elle entrera
non par la grande entrée des artistes
mais par le petit escalier des machinistes.

Elle portera son vêtement des commencements
et ses yeux de poème
ses deux mains de tous les jours
ses pleines mains de la réalité.

L'Espérance ne nous apportera pas ce que nous espérions
mais ce que nous n'espérions plus.

Elle viendra comme une étincelle
un enfant prodigue
au moment que j'attendais le moins.
Sa bouche ne sera qu'une parole
grande ouverte
comme le tombeau d'un ressuscité.



Jean Debruynne

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