« 2008-02 | Page d'accueil | 2008-04 »

lundi, 31 mars 2008

L'ANNONCIATION

2033533976.jpg

 

 

 

Un messager de Dieu arrive, mais c'est dans un petit village, un endroit perdu, un être inconnu. La figure évangélique de l'ange signifie toujours qu'il s'agit d'un événement obscur ou difficile à exprimer, soit au commencement inaccessible, soit à la fin ineffable. Une homélie extraite de la revue Esprit et Vie

Fr. Bernard Forthomme, o.f.m.
25/03/2006

Lorsque Jésus est devenu adulte, sa parole se donne claire et majeure au point qu'il n'est plus guère besoin de recourir jamais à la figure angélique, du moins à son sujet. Jésus s'exprime dans sa pleine autonomie et son action est entièrement responsable. La figure de l'ange - marquant simultanément la proximité et la différence de Dieu - intervient avant la naissance de Jésus et lors de l'angoisse de sa Passion mais aussi de sa résurrection, ou encore au moment de la tentation, lorsque Jésus doit choisir entre différentes manières de concevoir sa mission. Bref, l'irruption de la figure angélique atteint les moments obscurs de notre existence, notre naissance, notre mort ou son dépassement, et la constitution de notre identité profonde.

Un signe de nouveauté

Une annonciation n'est pas une simple énonciation, une affirmation logique ou la description détaillée d'un événement. C'est un signe de rupture, de nouveauté, d'un tel renouvellement qu'il ne peut se dire en termes habituels, en un langage qui sert ordinairement à décrire des évidences, des objets bien visibles et cernés ou à élaborer des raisonnements abstraits. Il s'agit ici d'annoncer un rajeunissement inouï de l'humanité. Ce n'est plus seulement le vieux monde stérile qui va se découvrir une nouvelle fécondité ; tout va recommencer à neuf, à partir d'une jeune fille. Non pas une jeune vie à qui l'on prêterait de manière ambiguë, sinon arrogante, une fécondité sans attache, une indépendance fabuleuse, une maternité mythique et une vitalité anonyme. La jeune fille se nomme Marie et elle est déjà engagée légalement envers un homme issu d'un peuple obscur, sans doute, mais mis à part depuis longtemps et qui s'en souvient continuellement. Et si elle éprouve au plus profond d'elle-même une bonne nouvelle, c'est parce qu'elle est préférée, sans motif, parmi toutes les femmes. Cette femme-ci, obscure comme le lieu où elle habite, modeste comme tout ce qui est réellement grand dans son commencement, n'est pas le merveilleux sous la figure du féminin. Dieu n'aime pas abstraitement ou magiquement, il n'aime pas l'universel, ni même l'humanité. Il aime une personne absolument singulière, comme il a aimé un peuple particulier tout au long de son histoire mouvementée et difficile - c'est l'expérience même de ce peuple qui nous en témoigne -, mais c'est en vue d'aimer effectivement chacun à partir de cette singularité, d'une telle préférence.

Un signe de présence

La salutation est déjà un signe de cette présence ou de cette préférence divine, de son amour jaloux. Mais l'expérience d'une présence divine n'est pas simplement l'exaltation illusoire de soi. L'annonce de la présence de Dieu indique, déjà, qu'une mission va être confiée à la personne choisie. La mission libératrice du peuple atteste la réalité de la vision de Moïse, lors de l'expérience du buisson ardent, comme ici elle vérifie l'authenticité de l'annonciation intérieure. La salutation provoque ainsi le trouble chez la jeune fille qui s'éprouve appelée, dès l'épreuve de la présence divine, pour une mission discrète mais exceptionnelle.

Elle va se réaliser par un enfantement dont la promesse est faite. Il ne s'agit plus seulement, comme dans tout le passé d'Israël, de rompre avec la fatalité et le malheur de la stérilité ou de la vieillesse. Il ne s'agit pas d'une fécondité qui brise avec l'incapacité de l'âge, pour combler un défaut, mais d'une fécondité par surcroît. Une fécondité promise est une fécondité sans condition préalable, ni du corps ni de l'esprit. Ce n'est pas la liberté humaine qui inaugure la volonté de guérir l'homme et de le renouveler radicalement. L'alliance entre l'homme et Dieu est devancée par l'initiative absolue de la promesse du salut, l'annonce d'un fils dont aucune généalogie ne peut épuiser l'origine ni la destinée.

Un signe de renouvellement radical

Certes, ce renouvellement radical de la vraie vie ne se fera pas sans la réalité humaine et sans sa liberté. D'où la question posée par Marie : comment cela se fera-t-il puisqu'elle est une jeune fille ? La réponse qui annonce la puissance divine la couvrant de son ombre, fait appel à la puissance créatrice, libératrice et guérisseuse de Dieu. Créatrice, car la puissance de Dieu va couvrir Marie comme l'esprit de Dieu couvrant les premières eaux évoquées dans le récit de la Genèse. Puissance libératrice, car cette ombre divine va veiller Marie, comme la colonne de nuée dans le désert guidant le peuple d'Israël pour échapper à l'esclavage de l'Égypte. Force guérisseuse enfin, comme l'ombre dont parlent les Actes de Apôtres, lorsqu'il est dit que l'ombre de Pierre faisait du bien à tel ou tel malade, lors de son passage (Ac 5, 15). Il s'agit donc d'une force de vie et d'une forme de nuit où Dieu se rend présent dans le secret de l'histoire, des cœurs et des corps. C'est comme une nuit mystérieuse où Dieu engendre son préféré en l'humanité d'une femme et où, en elle, s'annonce déjà cette puissance déposée en chacun de nous : l'appel, non seulement à aimer notre prochain, mais à tisser avec lui des liens tels qu'il s'éprouve dans sa dignité de fils de Dieu - et pas seulement comme fils d'un animal ou comme fruit d'on ne sait quel hasard charnel, de je ne sais quelle technique de procréation ni d'une quelconque force de savoir, d'argent ou de prestige politique.

Mais la réponse théorique ne suffit pas lors d'une annonciation véritable. Il faut encore un signe. Et le signe du renouvellement radical de la vie, ainsi annoncé, se fera par la fécondité surprenante d'Élisabeth ; autrement dit, par le signe de la fécondité inattendue chez une femme âgée, telle que toute l'histoire d'Israël en éprouve la réalité dans sa profondeur. Mais c'est aussi un signe de rupture avec le passé et non une simple continuité des signes de la puissance vivifiante de Dieu. Le fils d'Élisabeth, Jean, non seulement reçoit un nom qui n'est pas traditionnel dans sa famille, mais va rompre avec la caste sacerdotale dont il est issu : il choisira une vie retirée au désert et non celle de prêtre ou de fonctionnaire du Temple. Le désert annonce la modestie du lieu de l'annonciation de Jésus lui-même.

Et c'est seulement après l'annonce d'un tel signe et de l'explication qu'elle avait réclamée, que Marie donne son consentement. Après avoir marqué la fragilité humaine, sa stérilité effective, l'évangéliste met l'accent sur la dignité de la personne, sur sa liberté face à l'annonce d'une promesse divine. La liberté mariale s'exprime alors par une présentation : « Voici la servante du Seigneur ! » Et non par « Je suis la servante du Seigneur. » Comme si tout son être se réduisait à n'être qu'un être de service ! Le « voici » qu'elle énonce exprime sa confiance en la puissance divine et l'affirmation de sa liberté face à un événement surprenant, inouï, face à la nouveauté de Dieu, et non une pure affirmation intemporelle sur sa réalité supposée de femme serviable. C'est à un tel renouvellement divin que Marie consent ; elle accepte que tout se passe suivant la parole dite : épreuve simultanée de la liberté et de l'abandon mystérieux à la volonté divine. Ainsi assuré d'un tel consentement, d'une pareille liberté, le messager de Dieu quitte Marie ; il se désannonce. Comme si Dieu se séparait de l'homme animé par une telle confiance, et lui laissait désormais le champ libre, l'autonomie nécessaire pour que se réalise plus spontanément la recréation, la délivrance et la santé nouvelle qu'il désire en faveur de chacun. L'histoire échouée dans l'impasse de la stérilité, de la vieillesse, de la maladie et de la mort, du servage, des divisions désespérantes et combien cruelles, cette histoire paralysée est enfin relevée !

Source :
Revue Esprit et Vie

Extrait de la revue Esprit & Vie n°71 / décembre 2002 - 1e quinzaine, p. 37-38.
La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier

dimanche, 30 mars 2008

LA PAIX SOIT AVEC VOUS

1410572669.jpg

 

 

 

 

 

 

Nous aussi nous nous verrouillons dans notre intérieur, nous nous enfermons à l'intérieur car peut être avons, nous aussi,, peur !
Comme Thomas nous avons des doutes, nous avons du mal à croire. Mais Jésus est là, il entre chez nous pour nous apporter la paix, nous donner la Paix. Il nous invite à la confiance "La Paix soit avec vous !" Pas n'importe quelle paix, celle que le Ressuscité nous donne.
Il vient vers nous et nous montre ses plaies, non pour le plaindre mais pour prouver que c'est bien Lui qui vient vers nous.
Il nous a pardonné toutes nos fautes dans son Amour immense. Il nous a pardonne pour qu'à notre tour nous pardonnions et que nous soyons dans la Paix de Dieu.
Josiane

samedi, 29 mars 2008

DIMANCHE DE LA MISERICORDE

1333448415.jpg
En ce premier dimanche après Pâque, l'Eglise nous invite à tourner notre attention vers le mystère de la Divine Miséricorde, selon la demande de Jésus lui-même à Sainte Faustyna Kowalska : « Je désire qu'il y ait une fête de la Miséricorde. Je veux que cette image que tu peindras, soit solennellement bénie le premier dimanche après Pâques. Ce dimanche doit être la fête de la Miséricorde ».

Pourtant, quel rapport la figure de Thomas doutant de la résurrection du Seigneur et demandant des preuves bien concrètes de celle-ci peut-elle avoir avec le mystère de la miséricorde divine célébré en ce jour ?
« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n'y croirai pas » : Somme toute, une telle requête n’est-elle pas normale ? En effet, serait-il bien raisonnable d’engager toute sa vie à la suite de ce prétendu ressuscité sans un minimum de garanties ?
Ce qui est touchant c’est que Jésus va consentir à cette demande de Thomas. En invitant son Apôtre à avancer la main et à la mettre dans son côté, il va bien lui donner une « preuve » tangible de sa résurrection. Mais en même temps, il lui intime de cesser d'être incrédule et de devenir croyant.
Cette injonction n'aurait pas de sens s'il s'agissait seulement de « croire » en la résurrection, puisque celle-ci est maintenant pour Thomas de l'ordre de l'évidence sensible. C’est ici que nous devons être bien attentifs. En fait, Jésus invite Thomas à dépasser une incrédulité qui ne concerne pas le fait de la résurrection mais son interprétation. C'est au niveau du sens à donner à l'événement de la résurrection du Seigneur que Thomas doit passer de l’incrédulité à la foi.

Les disciples lui avaient annoncé pleins de joie : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Certes ils avaient bénéficié d'une apparition du Ressuscité ; mais nous savons que chez saint Jean, le verbe « voir » ne désigne pas une vision sensible, mais la perception nouvelle qui s'ouvre au regard du croyant grâce à l’action de l'Esprit, comme le récit nous le suggère par le geste du Seigneur qui souffle sur eux en disant : « Recevez l'Esprit Saint ».
Ce que les Apôtres ont « vu » de part l’œuvre de l’Esprit en eux c’est le véritable sens de l’événement de la résurrection à savoir le triomphe de la miséricorde divine. Nous le percevons à travers les paroles de Jésus qui leur donne le pouvoir de pardonner révélant ainsi le sens rédempteur de sa Passion glorieuse. Ils sont invités à partager la grâce dont ils sont les premiers bénéficiaires. Et c’est bien ici qu’ils doivent entrer dans la foi car cette grâce demeure invisible : rien dans l’ordre sensible ne permet de vérifier le pardon des péchés.

Nous comprenons alors que l’acte de foi que Thomas est invité à poser est celui de croire que la miséricorde du Seigneur a triomphé de son péché. Le Ressuscité l’appelle à sortir d’une culpabilité qu’il entretenait sans doute en lui depuis la mort du Seigneur pour accueillir la vie nouvelle de son Esprit : « La paix soit avec vous ». Comment ne pas réentendre ici ces paroles de Jésus à sainte Faustine : « L'humanité n'aura de paix que lorsqu'elle s'adressera avec confiance à la Divine Miséricorde » (Journal, p. 132), autrement dit lorsqu’elle croira que ma Miséricorde a triomphé de tout péché, de toute mort.

Thomas n’était donc pas en quête d’une preuve de la résurrection. D’ailleurs, il n'est pas précisé qu’il met sa main dans les plaies glorieuses de son Maître. En réalité, Thomas demandait un « signe » pour oser croire en la miséricorde. Et le Seigneur le lui donne en lui présentant ses plaies, tout particulièrement son côté ouvert : « Cesse d'être incrédule, sois croyant ! »
Thomas peut alors accueillir la grâce et prononcer dans l'Esprit la plus belle confession de foi des évangiles : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». L’Esprit Saint lui a donné de reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu, vainqueur du monde par l’effusion de sa miséricorde dans l’eau et le sang jaillis de son côté transpercé, ces deux faisceaux lumineux que Sainte Faustine a vu sortir du cœur ouvert de Jésus pour illuminer le monde.
Maintenant, Thomas aussi a « vu le Seigneur » et a confessé son Dieu, le Père de Jésus Christ son Seigneur, qui dans sa grande miséricorde vient de le faire renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement (Cf. 2ème lecture). Il sait qu'il est réconcilié avec le Père et peut à son tour devenir héraut de ce pardon dont il est bénéficiaire.

En ce jour, où Jésus a promis à Sainte Faustine que ceux qui imploreraient sa Divine Miséricorde recevraient beaucoup de grâces, nous pouvons nous interroger : N’avons-nous pas besoin nous aussi du signe offert à Thomas à savoir le Cœur ouvert du Ressuscité ? En effet, quel sens donnons-nous à l'événement de la Pâque de notre Seigneur, à sa mort et à sa résurrection ? Osons-nous croire qu' « ensevelis dans la mort avec Jésus par le baptême, nous vivons nous aussi dans une vie nouvelle, celle du Christ ressuscité par la gloire du Père » (Rm 6, 4) ?
Ne nous est-il pas arrivé, devant notre péché, de nous enfermer dans la culpabilité ? Les plaies ouvertes de Jésus ne nous parlent-elles pas plus souvent de condamnation que de miséricorde ? La figure de Thomas et l’attitude de Jésus à son égard peuvent ici nous être d’un grand secours. Nous aussi avons besoin de « voir », de croire, que les plaies de Jésus, que l’eau et le sang jaillis de son côté, nous parlent de vie et non pas de mort.

En ce dimanche, contemplons comme Thomas ce Côté ouvert pour nous et écoutons Jésus nous dire : « En ce jour les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s'approcheront de la source de ma miséricorde; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s'écoulent les grâces; qu'aucune âme n'ait peur de s'approcher de moi, même si ses péchés sont comme de l'écarlate. »
A cette Miséricorde, nous voulons nous abandonner avec confiance. Après en avoir fait l’expérience, nous devrons à notre tour, en faire preuve à l’égard de nos frères, aussi bien au niveau de la communauté ecclésiale qu’au niveau personnel. En effet, de l’expérience de la miséricorde gratuite de Dieu naît la capacité et l’exigence de faire preuve de miséricorde les uns envers les autres : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». De cette miséricorde et de son exercice concret naît la communion fraternelle parce qu’à travers son fruit de réconciliation elle efface toutes divisions. C’est ce que chaque communauté de croyants est appelé à vivre et à témoigner. Saint Luc nous le rappelle à travers l’exemple de la première communauté chrétienne (Cf. 1ère lecture).

« Seigneur Ressuscité, merci pour le don de ta Miséricorde offerte à ton Eglise et à l'humanité toute entière. En ce jour, nous voulons nous laisser réconcilier avec Toi pour nous réconcilier avec notre frères et porter avec eux un témoignage de communion et de charité par lequel Tu pourras rejoindre le cœur de ceux qui sont loin de toi. »

Frère Elie


 

jeudi, 27 mars 2008

L'AMOUR

1035713296.jpg

 

 

 

 

La charité est une amitié. Qu'est-ce à dire ?  D'abord un amour à l'état parfait. Cela suppose trois choses :
- Un amour qui veut du bien à l'autre, un amour de "bienveillance" et non captatif, non pas un amour qui accapare, mais qui veut le bien de l'autre. Or  cela ne suffit pas pour définir l'amitié. Il y a encore deux caractéristiques ;
- Amitié, dit un amour qui est mutuel, se répondant l'un à l'autre. Et cela ne suffit pas ;
- Il faut encore que cette réciprocité soit fondée sur un échange quelconque. Une sympathie peut se fondées sur les échanges les plus variées. Une amitié peut naître à partir de multiples points  de convergence : on aime ensemble la musique, le sport, le partage des idées, les voyage, la religion, le dévouement ou le combat pour telle ou telle cause.    Ce n'est pas l'amour à l'état parfait. Il n'y a vraiment amitié et amour à l'état parfait que lorsque l'objet de l'échange est l'amour lui-même.
Il n'y a amour plénier que si l'un aime l'autre parceque l'autre l'aime jusqu'à devenir la source de son être, de son bonheur. La nourriture de l'amour-amitié en son état plénier est de savoir et de se redire inlassablement que ce qui enflamme l'autre est la joie qu'il attend de notre amour.
Père Bernard BRO  

mercredi, 26 mars 2008

MERCREDI SAINT

1544650401.jpg
« Reste avec nous »


      Les deux disciples se rendaient à Emmaüs. Leur allure était normale, comme celle de tant d'autres personnes qui passaient dans ces parages. Et c'est là, avec naturel, que Jésus leur apparaît et qu'il marche avec eux, engageant une conversation qui leur fait oublier leur fatigue… Jésus sur le chemin. Seigneur, tu es toujours grand ! Mais tu m'émeus quand tu condescends à nous suivre, à nous chercher dans notre va-et-vient quotidien. Seigneur, accorde-nous la simplicité d'esprit ; donne-nous un regard pur, une intelligence claire pour pouvoir te comprendre lorsque tu viens sans aucune marque extérieure de ta gloire.

      À leur arrivée au bourg, le trajet s'achève et les deux disciples qui, sans s'en rendre compte, ont été blessés au plus profond de leur coeur par la parole et par l'amour de Dieu fait homme, regrettent qu'il s'en aille. Car Jésus prend congé d'eux en « faisant semblant d'aller plus loin ». Il ne s'impose jamais, notre Seigneur. Une fois que nous avons entrevu la pureté de l'amour qu'il a mis dans notre âme, il veut que nous l'appelions librement. Nous devons le retenir de force et le prier : « Reste avec nous, car le soir tombe et le jour déjà touche à son terme, il commence à faire nuit ».

      Nous sommes ainsi : toujours peu audacieux, par manque de sincérité peut-être, ou par pudeur. Nous pensons au fond : Reste avec nous, parce que les ténèbres entourent notre âme, et toi seul es la lumière, toi seul peux calmer cette soif qui nous consume… Et Jésus reste avec nous. Nos yeux s'ouvrent comme ceux de Cléophas et de son compagnon, quand le Christ rompt le pain ; et bien qu'il disparaisse à nouveau de notre vue, nous serons nous aussi capables de nous remettre en route -- il commence à faire nuit -- pour parler de lui aux autres, parce qu'autant de joie ne tient pas dans un seul coeur.

      Chemin d'Emmaüs. Notre Dieu a rempli ce nom de douceur. Et Emmaüs, c'est le monde entier, parce que le Seigneur a ouvert les chemins divins de la terre.

Saint José Maria Escriva de Balaguer (1902-1975), prêtre, fondateur
Homélie in Amigos de Dios (trad. Amis de Dieu, Laurier 2000, p. 366)

mardi, 25 mars 2008

MARDI DE PÄQUES

389540586.jpg

 

 

 

Le Livre des Actes

Durant cette première semaine, nous suivons par une lecture quasi-continue les "actes des apôtres Pierre et Jean.
C'est une sorte de tuilage entre les récits, les discours, les actions, entrelacés, ou, si l'on veut, un "journal" des événements presque au quotidien, où la puissance de la résurrection éclate, dans la force de l'Esprit Saint qui a fait se lever le Christ d'entre les morts et donne aux apôtres l'audace des témoins pour en dire le sens, dans ce qu'on appelle le kérygme, ou quintessence de la Bonne Nouvelle : "Celui que vous avez crucifié, Dieu l'a fait Seigneur et Christ!", l'accomplissement des Ecritures, l'appel à la conversion (jeudi), la puissance du Nom de celui qui est devenu la Pierre d'angle (samedi).
Non seulemnt les paroles de Pierre, mais ses actions de puissance se déploient pour témoigner de la résurrection dont il explicite le sens : la guérison de l'impotent de la Belle Porte (mercredi), l'arrestation et la comparution devant le Sanhédrin, qui deviennent une nouvelle occasion de rendre compte de sa foi (vendredi), les conversions qui se multiplient (mardi).

Aujourd'hui : Mardi de Pâques


Dans le Livre des Actes des Apôtres : suite à la prédication de Pierre : 3000 baptisés

Psaume 33 (32) : fidélité du Seigneur

Evangile de Jean : apparition à Marie-Madeleine

Frère Pierre, FMJ (Sources Vives, n° 91)

lundi, 24 mars 2008

PÄQUES

517686841.jpg

 

 

 

 

Cette semaine est comme un long dimanche se prolongeant sur huit jours, où chaque jour, férie solennelle, est Jour de Pâques.
Il n'est pas d'autre cas dans l'année liturgique où tous les jours d'une semaine ont le titre de "solennité".
Le même verset de l'alleluia chanté chaque jour en donne la tonalité festive : "Voici le jour que fit le Seigneur, qu'il soit pour nous jour de fête et de joie", et en chaque prière eucharistique, tout au long de cette première semaine, nous célébrerons "le jour très saint où ressuscita selon la chair notre Seigneur Jésus Christ". Ainsi prenons-nous conscience en ce temps trop vite écoulé, d'un moment d'éternité, d'une fête continue, prélude à une jubilation céleste ininterrompue, un au-delà du voile, les cieux et la terre nouvelle, la Jérusalem céleste.

Toutes les lectures bibliques sont tirées uniquement du Nouveau Testament, les références à la Première Alliance parlant éloquemment par la catéchèse de l'apôtre Pierre et la résonance des psaumes.
(Frère Pierre, Sources Vives n°91)

Aujourd'hui : Lundi de Pâques


Dans le Livre des Actes des Apôtres, nous entendons le discours de Pierre à la foule : message pascal de la mort et de la résurrection du Christ

Psaume 16 (15) : ma part d'héritage

Evangile de Matthieu : Jésus apparaît aux saintes femmes

A la victime pascale,
chrétiens, offrez le sacrifice de louange.

L'Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
l'homme pécheur avec le Père.

La mort et la vie s'affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le maître de la vie mourut ; vivant, il règne.

"Dis-nous, Marie-Madeleine,
qu'as-tu vu en chemin ?"

"J'ai vu le sépulcre du Christ vivant,
j'ai vu la gloire du Ressuscité.

J'ai vu les anges ses témoins,
le suaire et les vêtements.

Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il vous précédera en Galilée."

Nous le savons : le Christ
est vraiment ressuscité des morts.

Roi victorieux,
prends-nous tous en pitié !

(Séquence de Pâques)




Frère Pierre, (Sources Vives n°91)

 

dimanche, 23 mars 2008

LA PÄQUE

1273528809.jpg

 

 

 

 

 

Le mot : « Pâque », en hébreu, veut dire « passage ».

C’est la mémoire de cette nuit où le Peuple de Dieu décidé à sortir de l’esclavage d’Egypte, s’est trouvé coincé par la Mer Rouge. Le peuple s’est trouvé pris au piège entre la cavalerie des armées d’Egypte qui le poursuivait et la Mer Rouge qui lui barrait la route. C’est cette nuit là que sur l’ordre de Dieu, la Mer Rouge, s’est écartée en deux devant le Peuple de Dieu lui ouvrant ainsi le passage. Ce qui était un obstacle est devenu un chemin. Ce qui bouchait la route est devenu la route elle-même. Passage pour franchir la Mer Rouge d’une rive à l’autre. Passage pour traverser la nuit jusqu’au jour. Passage pour franchir l’accès à la Liberté.

Si la Pâque est un passage, cela veut déjà dire qu’il existe toujours au moins un passage.

Nous avons si souvent l’impression que nous vivons dans des impasses. Que nous sommes coincés, emprisonnés, enfermés dans des problèmes sans issus. La Pâque est là, toujours en avant de nous pour nous ouvrir des passages, ouvrir des chemins là où nos yeux ne voient que des murs qui se dressent et qui barrent la route.

Par ailleurs s’il existe toujours un passage c’est que nous serons toujours des gens de passage. La Pâque a toujours été une affaire de nomades, une affaire de migrants et de pèlerins. Si la Pâque ouvre des passages c’est que nous sommes tous appelés à être des passants, à le devenir et à le rester toujours.

Dans la Pâque personne n’est jamais « arrivé », tout le monde est tous les jours en route. Nous serons toujours « les passagers » de la Pâque. On ne peut jamais s’installer dans la Pâque. On est toujours en route et en chemin. C’est pourquoi le Guidisme se vit en marchant, en campant, en route, en chemin. Le Guidisme conduit à la Pâque parce qu’il se vit toujours dans le provisoire. Être Guide c’est un appel, c’est une vocation à ouvrir des passages, à découvrir des nouveaux chemins, à tracer, à dégager, à baliser des nouveaux sentiers. Le mot « Guide » veut dire celle et celui qui passe en tête pour ouvrir les chemins, pour trouver les passages, pour trouver « la Pâque ».

« La Pâque », le passage, cela veut donc dire aussi un chemin, un sentier ou une autoroute, mais toujours une issue. Si la Pâque est un chemin ouvert, un chemin grand ouvert, c’est Jésus lui-même dans l’évangile qui nous dit que c’est lui le chemin, le passage de la Pâque, ce n’est pas une chose, ce n’est pas une réponse toute faite, ce n’est pas une vérité dans les livres, c’est toujours Quelqu’un, c’est toujours une Personne, le passage c’est toujours Dieu lui-même. Dieu n’est jamais un monument, une basilique, une statue ou une cathédrale, Dieu c’est toujours un chemin, un passage, une ouverture. Dieu n’enferme jamais, il n’emprisonne jamais. Dieu n’est jamais un savoir mais toujours Quelqu’un. Dieu ne cherche pas à nous « avoir », à nous « posséder », à nous compter dans ses clients ou sans sa clientèle, Dieu ne cesse de nous appeler : »lève-toi et marche… » Dieu n’est pas un chemin obligatoire, Dieu n’est pas un sens obligatoire comme une loi, Dieu ouvre un passage et ce passage est celui de la liberté parce que cette Pâque est celle d’Amour.

Si la Pâque est donc ainsi un passage, chez les Guides on retrouve cette Pâque dans le passage d’un âge à un autre, d’une branche à une autre. Chez les Guides « la Pâque » est un chemin pédagogique, c’est l’appel à grandir, c’est l’appel à se mettre en route, à se lever et à marcher pour quitter l’enfance et entrer dans l’adolescence, quitter l’adolescence pour aborder sa jeunesse, quitter sa jeunesse pour entrer sur la route de ses responsabilités d’adulte… La pédagogie des cheftaines n’est pas qu’une technique, un métier, une compétence…. C’est bien plus que cela c’est le regard de Dieu lui-même, c’est la Parole de Dieu même qui appelle chaque enfant, chaque adolescente, chaque jeune à grandir, à se développer, à s’humaniser parce que c’est l’humain qui est la seule image et la ressemblance de Dieu.

 La Pâque de Dieu c’est l’Homme.
 La cheftaine c’est le jardinier de Dieu.

Jean Debruynne
La Pâque 2004

samedi, 22 mars 2008

NE ME LAISSE PAS DEVENIR AMER

542015874.jpg

 

 

 

 

 

 

Seigneur,
Je Te demande ce qui est le plus difficile:
la grâce de reconnaître la Croix de ton Fils
dans toute peine de ma vie
et de le suivre le long de son chemin de Croix
aussi longtemps qu'il Te plaira.

Ne me laisse pas devenir amer
dans la souffrance,
mais que j'y mûrisse au contraire,
avec patience, générosité, bonté
et l'ardent désir d'être un jour
là où la peine n'existe plus:
alors tu essuieras toute larme
des yeux de ceux qui T'auront aimé,
et qui, dans leur douleur,
auront cru à ton amour
et. dans leur nuit, à ta lumière

Que ma souffrance, grâce à Toi,
puisse exprimer ma foi en tes promesses
et mon espoir en ta bonté fidèle.
Qu'elle proclame mon amour.
Ô Toi, que je T'aime plus que moi-même
et uniquement pour Toi,
sans même attendre de récompense.

Que la Croix soit mon modèle,
qu'elle soit la lumière de toute nuit,
alors nous ne la considérerons plus
comme un malheur et comme une absurdité,
mais comme le signe que nous sommes à Toi pour l'éternité.  

Prière tirée des « Méditations Chrétiennes »
du Père Rahner
théologien

 

 

vendredi, 21 mars 2008

VENDREDI SAINT

833195105.jpg

Le vendredi saint, Jésus nous donne, par sa mort, une leçon sublime, divine, héroïque sur l’amour. Il avait tout donné : sa vie auprès de Marie dans la pauvreté et l’obéissance. Trois années de prédication où il a révélé la Vérité, rendu témoignage au Père, promis l’Esprit Saint et fait toutes sortes de miracles d’amour.

Trois heures sur la croix d’où il pardonne à ses bourreaux, ouvre au larron les portes du Paradis, nous donne sa Mère et finalement son Corps et son Sang qu’il nous avait peu avant mystiquement donnés dans l’Eucharistie. Il lui restait sa divinité.

Son union avec le Père, sa très douce et ineffable union avec lui, qui l’avait rendu si puissant sur la terre en tant que Fils de Dieu et si royal sur la croix, ce sentiment de la présence de Dieu devait disparaître de son âme ; l’union ne devait plus être ressentie ; il devait se sentir désuni en quelque sorte de Celui avec qui il affirmait être un : "Le Père et moi nous sommes un" (Jn 10,30). En lui l’amour était anéanti. La lumière éteinte. La Sagesse se taisait.

Il s’est donc fait rien pour nous faire participer au Tout. Ver de la terre (cf. Ps 22,7) pour faire de nous des fils de Dieu. Nous étions séparés du Père.

Il était nécessaire que le Fils, en qui nous sommes tous récapitulés, éprouvât la séparation du Père. Il devait expérimenter l’abandon de Dieu pour que nous ne soyons jamais plus abandonnés. Il avait enseigné que personne n’a de plus grand amour que celui qui donne sa vie pour ses amis.

Lui, la Vie, donnait tout de lui-même. C’était le sommet, la plus belle expression de l’amour.

Son visage est caché derrière les multiples souffrances de nos vies qui ne sont rien d’autre que Lui. Oui, parce que Jésus abandonné est l’image du muet : il ne sait plus parler. Il est l’image de l’aveugle : il ne voit pas ; du sourd : il n’entend pas. C’est l’homme épuisé qui gémit. Il est au bord du désespoir. Il est l’affamé d’union avec Dieu. C’est l’image du désenchanté, du trahi, on dirait un raté. Il représente le peureux, le timide, le désorienté. Jésus abandonné est ténèbres, mélancolie, contradiction. Il est l’image de tout ce qui est étrange, incompréhensible, de ce qui est à la limite du monstrueux, car c’est un Dieu qui crie : "Au secours !". Il est le solitaire, le délaissé... Il apparaît inutile, exclu, traumatisé...

Nous pouvons donc le reconnaître en chaque frère souffrant. Alors, en approchant ceux qui lui ressemblent, nous pouvons leur parler de Jésus abandonné.

Et pour ceux qui se voient semblables à lui et acceptent de partager son sort, il devient : pour le muet, la parole ; pour l’ignorant, la réponse ; pour l’aveugle, la lumière ; pour le sourd, la voix ; pour l’épuisé, le repos ; pour le désespéré, l’espérance ; pour celui qui est séparé des siens, l’unité ; pour l’anxieux, la paix. Grâce à lui, les personnes se transforment et le non-sens de la souffrance acquiert un sens. Il avait crié sa question à laquelle nul n’avait répondu, afin que nous ayons une réponse à chacune de nos questions. Le problème de la vie humaine est la souffrance. Quelle que soit sa forme, aussi terrible soit-elle, nous savons que Jésus l’a prise sur lui et transforme, par une alchimie divine, la souffrance en amour. Je peux dire par expérience que dès que nous accueillons avec joie une souffrance, pour être comme lui, puis nous continuons à aimer en faisant la volonté de Dieu, la douleur, si elle est spirituelle, disparaît, et si elle est physique, son joug devient plus léger.

Notre amour pur, au contact de la souffrance, la transforme en amour ; d’une certaine façon, il la divinise, comme si se poursuivait en nous si l’on peut s’exprimer ainsi la divinisation que Jésus a faite de la souffrance. Et, après chaque rencontre avec Jésus abandonné aimé ou accepté, je trouve Dieu de façon nouvelle, dans un rapport plus intime, plus ouvert, dans une unité plus pleine.

La lumière et la joie resplendissent à nouveau ; et avec la joie, la paix qui est le fruit de l’Esprit. La lumière, la joie, la paix particulières, qui émanent de ceux qui étreignent la souffrance, frappent même les personnes les plus difficiles et les désarment. Cloués sur la croix, nous devenons mères et pères d’âmes. Son effet est donc une grande fécondité. Comme l’écrit Olivier Clément : "Et l’abîme un instant ouvert s’emplit du grand Souffle de la résurrection".

 Les manques d’unité disparaissent, les déchirures sont recousues, la fraternité universelle resplendit, on assiste à des miracles de résurrection, un nouveau printemps naît dans l’Église et dans l’humanité.

Méditation de Chiara Lubich

 

Toutes les notes