samedi, 19 avril 2008
JE SUIS CHEMIN, LA VERITE ET LA VIE
Jésus vient de nous dire qu’il est « le chemin, la vérité et la vie ». Notre-Seigneur avait précisé que ce chemin conduisait à la « maison de son Père » (Jn 14, 2), dont il est la « porte » par laquelle il nous faut « passer » pour découvrir Dieu en sa paternité. La foi nous est ainsi révélée dans son essence, comme une communion d’amour avec Jésus-Christ, qui en nous unissant à lui, nous rend participant dans l’Esprit à sa propre filiation divine. « Merci Jésus pour ton amitié ! », s’exclamait le card. J. Ratzinger dans son homélie prononcée au cours de l’Eucharistie d’ouverture du Conclave ; « merci pour ton amitié », qui nous élève à la dignité de fils de Dieu.
« Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père » : pour Jésus il s’agit d’une conclusion logique ; il est impossible de s’unir à lui dans une authentique « connaissance », sans être uni par le fait même au Père, puisqu’il est dans le Père et que le Père est en lui. Et comme les disciples ont déjà entamé ce « chemin » de foi en s’attachant à leur Maître, « dès maintenant ils connaissent le Père, dans la mesure même où ils sont en communion avec son Fils : « Celui qui m’a vu a vu le Père ».
Ce qui ne signifie pas que cette connaissance soit déjà parfaite : « …vous connaîtrez mon Père » : il s’agit d’un futur, d’une promesse, dont les disciples goûtent les prémices, mais dont ils ne sont pas encore pleinement héritiers, comme le souligne la demande de Philippe - qui est aussi la nôtre. Ils se sont mis en chemin, mais apparemment l’accès à la demeure du Père n’est pas encore ouvert, puisque Jésus s’apprête à « partir pour leur préparer une place » (Jn 14, 2). Ce n’est pas pour lui-même que le Seigneur entreprend ce voyage, puisqu’il est établi définitivement dans la demeure du Père, au point que celui-ci accomplit en lui ses propres œuvres. C’est donc pour ses disciples - c'est-à-dire pour chacun de nous - que Jésus va se mettre en chemin, lui qui est pourtant la plénitude de la Vérité et possède la Vie éternelle.
Nous savons bien que l’obstacle qui barre encore la route et nous empêche d’accéder au Père n’est autre que notre péché, qui nous enchaîne au Prince de ce monde. C’est lui que le Seigneur s’apprête à affronter : « le père du mensonge, homicide dès les origines » (cf. Jn 8, 44). Choisissant librement d’être solidaire jusqu’au bout avec ceux que le Père lui a confié, Jésus va s’engager dans l’impasse du mensonge et de la mort dont il va briser les verrous, afin d’ouvrir à nouveau le chemin de la vérité et de la vie, et nous donner accès ainsi à la demeure du Père.
« Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi accomplira les mêmes œuvres que moi ». L’œuvre du Fils qui les résume toutes, est sa victoire sur la mort. Accomplir les mêmes œuvres signifie donc que nous aussi, nous triompherons de la mort ; et ceci en vertu de notre foi, qui nous unit au Prince de la vie, et en lui à la Source de la vie. Dans la mesure même où Jésus demeure en nous et que nous demeurons en lui, la mort n’a plus aucun pouvoir sur nous. « Celui qui croit en moi, même s’il meurt vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais » (Jn 11, 25) : nous tous qui sommes insérés dans le Corps du Christ par la foi, nous ne pouvons plus mourir parce que nous participons dès à présent à la vie du Ressuscité. Voilà pourquoi Jésus peut ajouter : « Tout ce que vous demanderez en invoquant mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils ». Le « Fils » est entendu ici au sens du Christ total, Tête et Corps, désormais inséparablement unis dans une même communion d’amour. De même que le Père qui demeure en Jésus, accomplit en lui ses propres œuvres, le Fils continue à accomplir ses œuvres - et il en accomplira même de plus grandes - en chacun de ses disciples qui lui sont unis par la foi.
« Que ce mystère nous dépasse, Seigneur ! Comment croire que non seulement tu t’intéresses à nous, mais que nous demeurons déjà en toi, et que par l’Esprit Saint, tu désires agir en nous et poursuivre à travers nous ton œuvre de salut ? Mais ce n’est pas en réfléchissant à ce mystère que nous allons en vivre : mieux vaut le mettre en pratique, et oser faire les premiers pas qui te permettront d’intervenir dans nos vies et d’y révéler ta présence et ton action. N’as-tu pas "fait de nous la lumière des nations pour que, grâce à nous, le salut parvienne jusqu’aux extrémités de la terre" (1ère lect.) ? Les apôtres ont obéi au commandement du Seigneur : "Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples" (Mt 28, 20) ; et c’est par cette obéissance de la foi qu’ils ont vu se déployer dans leur vie les œuvres de puissance de l’Esprit. Puissions-nous retrouver la foi simple et vigoureuse de Paul et de Barnabé pour annoncer avec assurance la Parole de salut, afin qu’elle "se répande dans toutes les régions" comme une eau vive, purifiant et fécondant notre terre. »
Père Joseph-Marie
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lundi, 31 mars 2008
L'ANNONCIATION
Un messager de Dieu arrive, mais c'est dans un petit village, un endroit perdu, un être inconnu. La figure évangélique de l'ange signifie toujours qu'il s'agit d'un événement obscur ou difficile à exprimer, soit au commencement inaccessible, soit à la fin ineffable. Une homélie extraite de la revue Esprit et Vie
Fr. Bernard Forthomme, o.f.m.
25/03/2006
Lorsque Jésus est devenu adulte, sa parole se donne claire et majeure au point qu'il n'est plus guère besoin de recourir jamais à la figure angélique, du moins à son sujet. Jésus s'exprime dans sa pleine autonomie et son action est entièrement responsable. La figure de l'ange - marquant simultanément la proximité et la différence de Dieu - intervient avant la naissance de Jésus et lors de l'angoisse de sa Passion mais aussi de sa résurrection, ou encore au moment de la tentation, lorsque Jésus doit choisir entre différentes manières de concevoir sa mission. Bref, l'irruption de la figure angélique atteint les moments obscurs de notre existence, notre naissance, notre mort ou son dépassement, et la constitution de notre identité profonde.
Un signe de nouveauté
Une annonciation n'est pas une simple énonciation, une affirmation logique ou la description détaillée d'un événement. C'est un signe de rupture, de nouveauté, d'un tel renouvellement qu'il ne peut se dire en termes habituels, en un langage qui sert ordinairement à décrire des évidences, des objets bien visibles et cernés ou à élaborer des raisonnements abstraits. Il s'agit ici d'annoncer un rajeunissement inouï de l'humanité. Ce n'est plus seulement le vieux monde stérile qui va se découvrir une nouvelle fécondité ; tout va recommencer à neuf, à partir d'une jeune fille. Non pas une jeune vie à qui l'on prêterait de manière ambiguë, sinon arrogante, une fécondité sans attache, une indépendance fabuleuse, une maternité mythique et une vitalité anonyme. La jeune fille se nomme Marie et elle est déjà engagée légalement envers un homme issu d'un peuple obscur, sans doute, mais mis à part depuis longtemps et qui s'en souvient continuellement. Et si elle éprouve au plus profond d'elle-même une bonne nouvelle, c'est parce qu'elle est préférée, sans motif, parmi toutes les femmes. Cette femme-ci, obscure comme le lieu où elle habite, modeste comme tout ce qui est réellement grand dans son commencement, n'est pas le merveilleux sous la figure du féminin. Dieu n'aime pas abstraitement ou magiquement, il n'aime pas l'universel, ni même l'humanité. Il aime une personne absolument singulière, comme il a aimé un peuple particulier tout au long de son histoire mouvementée et difficile - c'est l'expérience même de ce peuple qui nous en témoigne -, mais c'est en vue d'aimer effectivement chacun à partir de cette singularité, d'une telle préférence.
Un signe de présence
La salutation est déjà un signe de cette présence ou de cette préférence divine, de son amour jaloux. Mais l'expérience d'une présence divine n'est pas simplement l'exaltation illusoire de soi. L'annonce de la présence de Dieu indique, déjà, qu'une mission va être confiée à la personne choisie. La mission libératrice du peuple atteste la réalité de la vision de Moïse, lors de l'expérience du buisson ardent, comme ici elle vérifie l'authenticité de l'annonciation intérieure. La salutation provoque ainsi le trouble chez la jeune fille qui s'éprouve appelée, dès l'épreuve de la présence divine, pour une mission discrète mais exceptionnelle.
Elle va se réaliser par un enfantement dont la promesse est faite. Il ne s'agit plus seulement, comme dans tout le passé d'Israël, de rompre avec la fatalité et le malheur de la stérilité ou de la vieillesse. Il ne s'agit pas d'une fécondité qui brise avec l'incapacité de l'âge, pour combler un défaut, mais d'une fécondité par surcroît. Une fécondité promise est une fécondité sans condition préalable, ni du corps ni de l'esprit. Ce n'est pas la liberté humaine qui inaugure la volonté de guérir l'homme et de le renouveler radicalement. L'alliance entre l'homme et Dieu est devancée par l'initiative absolue de la promesse du salut, l'annonce d'un fils dont aucune généalogie ne peut épuiser l'origine ni la destinée.
Un signe de renouvellement radical
Certes, ce renouvellement radical de la vraie vie ne se fera pas sans la réalité humaine et sans sa liberté. D'où la question posée par Marie : comment cela se fera-t-il puisqu'elle est une jeune fille ? La réponse qui annonce la puissance divine la couvrant de son ombre, fait appel à la puissance créatrice, libératrice et guérisseuse de Dieu. Créatrice, car la puissance de Dieu va couvrir Marie comme l'esprit de Dieu couvrant les premières eaux évoquées dans le récit de la Genèse. Puissance libératrice, car cette ombre divine va veiller Marie, comme la colonne de nuée dans le désert guidant le peuple d'Israël pour échapper à l'esclavage de l'Égypte. Force guérisseuse enfin, comme l'ombre dont parlent les Actes de Apôtres, lorsqu'il est dit que l'ombre de Pierre faisait du bien à tel ou tel malade, lors de son passage (Ac 5, 15). Il s'agit donc d'une force de vie et d'une forme de nuit où Dieu se rend présent dans le secret de l'histoire, des cœurs et des corps. C'est comme une nuit mystérieuse où Dieu engendre son préféré en l'humanité d'une femme et où, en elle, s'annonce déjà cette puissance déposée en chacun de nous : l'appel, non seulement à aimer notre prochain, mais à tisser avec lui des liens tels qu'il s'éprouve dans sa dignité de fils de Dieu - et pas seulement comme fils d'un animal ou comme fruit d'on ne sait quel hasard charnel, de je ne sais quelle technique de procréation ni d'une quelconque force de savoir, d'argent ou de prestige politique.
Mais la réponse théorique ne suffit pas lors d'une annonciation véritable. Il faut encore un signe. Et le signe du renouvellement radical de la vie, ainsi annoncé, se fera par la fécondité surprenante d'Élisabeth ; autrement dit, par le signe de la fécondité inattendue chez une femme âgée, telle que toute l'histoire d'Israël en éprouve la réalité dans sa profondeur. Mais c'est aussi un signe de rupture avec le passé et non une simple continuité des signes de la puissance vivifiante de Dieu. Le fils d'Élisabeth, Jean, non seulement reçoit un nom qui n'est pas traditionnel dans sa famille, mais va rompre avec la caste sacerdotale dont il est issu : il choisira une vie retirée au désert et non celle de prêtre ou de fonctionnaire du Temple. Le désert annonce la modestie du lieu de l'annonciation de Jésus lui-même.
Et c'est seulement après l'annonce d'un tel signe et de l'explication qu'elle avait réclamée, que Marie donne son consentement. Après avoir marqué la fragilité humaine, sa stérilité effective, l'évangéliste met l'accent sur la dignité de la personne, sur sa liberté face à l'annonce d'une promesse divine. La liberté mariale s'exprime alors par une présentation : « Voici la servante du Seigneur ! » Et non par « Je suis la servante du Seigneur. » Comme si tout son être se réduisait à n'être qu'un être de service ! Le « voici » qu'elle énonce exprime sa confiance en la puissance divine et l'affirmation de sa liberté face à un événement surprenant, inouï, face à la nouveauté de Dieu, et non une pure affirmation intemporelle sur sa réalité supposée de femme serviable. C'est à un tel renouvellement divin que Marie consent ; elle accepte que tout se passe suivant la parole dite : épreuve simultanée de la liberté et de l'abandon mystérieux à la volonté divine. Ainsi assuré d'un tel consentement, d'une pareille liberté, le messager de Dieu quitte Marie ; il se désannonce. Comme si Dieu se séparait de l'homme animé par une telle confiance, et lui laissait désormais le champ libre, l'autonomie nécessaire pour que se réalise plus spontanément la recréation, la délivrance et la santé nouvelle qu'il désire en faveur de chacun. L'histoire échouée dans l'impasse de la stérilité, de la vieillesse, de la maladie et de la mort, du servage, des divisions désespérantes et combien cruelles, cette histoire paralysée est enfin relevée !
Source : Revue Esprit et Vie
Extrait de la revue Esprit & Vie n°71 / décembre 2002 - 1e quinzaine, p. 37-38.
La revue, publiée par les Éditions du Cerf, compte 22 numéros par an. Tous les quinze jours, le lecteur traverse en 48 pages l’actualité ecclésiale, approfondit un dossier
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samedi, 29 mars 2008
DIMANCHE DE LA MISERICORDE
Pourtant, quel rapport la figure de Thomas doutant de la résurrection du Seigneur et demandant des preuves bien concrètes de celle-ci peut-elle avoir avec le mystère de la miséricorde divine célébré en ce jour ?
« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l'endroit des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je n'y croirai pas » : Somme toute, une telle requête n’est-elle pas normale ? En effet, serait-il bien raisonnable d’engager toute sa vie à la suite de ce prétendu ressuscité sans un minimum de garanties ?
Ce qui est touchant c’est que Jésus va consentir à cette demande de Thomas. En invitant son Apôtre à avancer la main et à la mettre dans son côté, il va bien lui donner une « preuve » tangible de sa résurrection. Mais en même temps, il lui intime de cesser d'être incrédule et de devenir croyant.
Cette injonction n'aurait pas de sens s'il s'agissait seulement de « croire » en la résurrection, puisque celle-ci est maintenant pour Thomas de l'ordre de l'évidence sensible. C’est ici que nous devons être bien attentifs. En fait, Jésus invite Thomas à dépasser une incrédulité qui ne concerne pas le fait de la résurrection mais son interprétation. C'est au niveau du sens à donner à l'événement de la résurrection du Seigneur que Thomas doit passer de l’incrédulité à la foi.
Les disciples lui avaient annoncé pleins de joie : « Nous avons vu le Seigneur ! ». Certes ils avaient bénéficié d'une apparition du Ressuscité ; mais nous savons que chez saint Jean, le verbe « voir » ne désigne pas une vision sensible, mais la perception nouvelle qui s'ouvre au regard du croyant grâce à l’action de l'Esprit, comme le récit nous le suggère par le geste du Seigneur qui souffle sur eux en disant : « Recevez l'Esprit Saint ».
Ce que les Apôtres ont « vu » de part l’œuvre de l’Esprit en eux c’est le véritable sens de l’événement de la résurrection à savoir le triomphe de la miséricorde divine. Nous le percevons à travers les paroles de Jésus qui leur donne le pouvoir de pardonner révélant ainsi le sens rédempteur de sa Passion glorieuse. Ils sont invités à partager la grâce dont ils sont les premiers bénéficiaires. Et c’est bien ici qu’ils doivent entrer dans la foi car cette grâce demeure invisible : rien dans l’ordre sensible ne permet de vérifier le pardon des péchés.
Nous comprenons alors que l’acte de foi que Thomas est invité à poser est celui de croire que la miséricorde du Seigneur a triomphé de son péché. Le Ressuscité l’appelle à sortir d’une culpabilité qu’il entretenait sans doute en lui depuis la mort du Seigneur pour accueillir la vie nouvelle de son Esprit : « La paix soit avec vous ». Comment ne pas réentendre ici ces paroles de Jésus à sainte Faustine : « L'humanité n'aura de paix que lorsqu'elle s'adressera avec confiance à la Divine Miséricorde » (Journal, p. 132), autrement dit lorsqu’elle croira que ma Miséricorde a triomphé de tout péché, de toute mort.
Thomas n’était donc pas en quête d’une preuve de la résurrection. D’ailleurs, il n'est pas précisé qu’il met sa main dans les plaies glorieuses de son Maître. En réalité, Thomas demandait un « signe » pour oser croire en la miséricorde. Et le Seigneur le lui donne en lui présentant ses plaies, tout particulièrement son côté ouvert : « Cesse d'être incrédule, sois croyant ! »
Thomas peut alors accueillir la grâce et prononcer dans l'Esprit la plus belle confession de foi des évangiles : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». L’Esprit Saint lui a donné de reconnaître en Jésus, le Fils de Dieu, vainqueur du monde par l’effusion de sa miséricorde dans l’eau et le sang jaillis de son côté transpercé, ces deux faisceaux lumineux que Sainte Faustine a vu sortir du cœur ouvert de Jésus pour illuminer le monde.
Maintenant, Thomas aussi a « vu le Seigneur » et a confessé son Dieu, le Père de Jésus Christ son Seigneur, qui dans sa grande miséricorde vient de le faire renaître grâce à la résurrection de Jésus Christ pour une vivante espérance, pour l’héritage qui ne connaîtra ni destruction, ni souillure, ni vieillissement (Cf. 2ème lecture). Il sait qu'il est réconcilié avec le Père et peut à son tour devenir héraut de ce pardon dont il est bénéficiaire.
En ce jour, où Jésus a promis à Sainte Faustine que ceux qui imploreraient sa Divine Miséricorde recevraient beaucoup de grâces, nous pouvons nous interroger : N’avons-nous pas besoin nous aussi du signe offert à Thomas à savoir le Cœur ouvert du Ressuscité ? En effet, quel sens donnons-nous à l'événement de la Pâque de notre Seigneur, à sa mort et à sa résurrection ? Osons-nous croire qu' « ensevelis dans la mort avec Jésus par le baptême, nous vivons nous aussi dans une vie nouvelle, celle du Christ ressuscité par la gloire du Père » (Rm 6, 4) ?
Ne nous est-il pas arrivé, devant notre péché, de nous enfermer dans la culpabilité ? Les plaies ouvertes de Jésus ne nous parlent-elles pas plus souvent de condamnation que de miséricorde ? La figure de Thomas et l’attitude de Jésus à son égard peuvent ici nous être d’un grand secours. Nous aussi avons besoin de « voir », de croire, que les plaies de Jésus, que l’eau et le sang jaillis de son côté, nous parlent de vie et non pas de mort.
En ce dimanche, contemplons comme Thomas ce Côté ouvert pour nous et écoutons Jésus nous dire : « En ce jour les entrailles de ma miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s'approcheront de la source de ma miséricorde; toute âme qui se confessera et communiera recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur punition; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s'écoulent les grâces; qu'aucune âme n'ait peur de s'approcher de moi, même si ses péchés sont comme de l'écarlate. »
A cette Miséricorde, nous voulons nous abandonner avec confiance. Après en avoir fait l’expérience, nous devrons à notre tour, en faire preuve à l’égard de nos frères, aussi bien au niveau de la communauté ecclésiale qu’au niveau personnel. En effet, de l’expérience de la miséricorde gratuite de Dieu naît la capacité et l’exigence de faire preuve de miséricorde les uns envers les autres : « Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux ». De cette miséricorde et de son exercice concret naît la communion fraternelle parce qu’à travers son fruit de réconciliation elle efface toutes divisions. C’est ce que chaque communauté de croyants est appelé à vivre et à témoigner. Saint Luc nous le rappelle à travers l’exemple de la première communauté chrétienne (Cf. 1ère lecture).
« Seigneur Ressuscité, merci pour le don de ta Miséricorde offerte à ton Eglise et à l'humanité toute entière. En ce jour, nous voulons nous laisser réconcilier avec Toi pour nous réconcilier avec notre frères et porter avec eux un témoignage de communion et de charité par lequel Tu pourras rejoindre le cœur de ceux qui sont loin de toi. »
Frère Elie
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mardi, 11 mars 2008
JESUS EST D'EN HAUT
Jésus n’est pas de ce monde. Il est d’en haut et nous d’en bas : « Vous, vous êtes d’en bas ; moi, je suis d’en haut. Vous êtes de ce monde, moi, je ne suis pas de ce monde. » Par nous-mêmes, nous ne pouvons pas nous élever jusqu’au Père. Nous ne pouvons nous tirer par nos propres forces de la boue de notre péché : « Là où moi je m’en vais, vous ne pouvez pas y aller. »
Seul Jésus pourra nous élever. Mais cette élévation passera par la Croix, la crucifixion de nos passions qui nous tirent vers le bas. C’est le seul chemin qui nous élève et nous conduit vers le Père. Pour nous y engager, il nous faut poser un acte de foi en ce que Jésus est bien le Fils de Dieu envoyé par le Père pour nous sauver : « Si, en effet, vous ne croyez pas que moi, JE SUIS, vous mourrez dans vos péchés. »
En dehors de cet acte de foi, nous restons liés à notre péché qui nous empêche de nous élever vers la Source de la vie qu’est le Père. En dehors de cet acte de foi qui nous redonne accès à la vie éternelle, c’est la mort. Jésus est clair là-dessus.
Ce qui nous purifie du péché c’est de croire que Jésus existe et qu’il est Fils de Dieu et de nous ouvrir ainsi à la vie divine. Car c’est en tant que Fils bien-aimé et envoyé par le Père que Jésus nous sauve. Voilà pourquoi à la question qu’on lui pose sur son identité, Jésus répond en renvoyant à son Père : « Je n'ai pas cessé de vous le dire. J'ai beaucoup à dire sur vous, et beaucoup à condamner. D'ailleurs celui qui m'a envoyé dit la vérité, et c'est de lui que j'ai entendu ce que je dis pour le monde. » Et le fait que saint Jean précise que ses détracteurs « ne comprirent pas qu'il leur parlait du Père » manifeste bien que c’est ici que se situe tout l’enjeu de la discussion.
Dans saint Jean, jamais Jésus ne se met sur le même plan que le Père dont il est « l’Envoyé ». Il ne transmet au monde que la vérité qu’il tient d’auprès du Père : « Je ne fais rien par moi-même, mais tout ce que je dis, c'est le Père qui me l'a enseigné. » Et cependant, il n’hésite pas à s’affirmer comme sujet : « Je suis ». Ce que l’évangéliste fait ici ressortir c’est l’unité parfaite qui existe entre le Père et le Fils, unité qui ne signifie en aucun cas la disparition du sujet du Fils livré à la présence du Père. L’unité y est au contraire l’expression d’une relation réciproque : « Celui qui m’a envoyé est avec moi : il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît. »
La personne de Jésus apparaît ainsi comme le lieu même de la révélation. Ce n’est que dans le Fils que Dieu peut être reconnu et trouvé comme Père. Et cela se manifestera de la façon la plus éminente sur la Croix. Jésus l’annonce déjà ici : « Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous comprendrez que moi, JE SUIS. » La Croix permettra à Jésus de passer là où il est, c’est-à-dire dans le Père. Et en cela, elle conduira à révéler sa filiation divine. Seule la foi en Jésus Fils de Dieu conduit à la réconciliation avec le Père. Seule la foi en Jésus Fils de Dieu permet de passer de ce monde d’en bas vers le monde d’en haut. Et c’est devant Jésus crucifié que cette foi se vérifie.
« Seigneur, donne-nous de savoir te reconnaître sur la Croix comme le Fils bien-aimé du Père. Donne-nous la grâce de ne pas avoir peur de nous engager à ta suite sur le chemin de ta passion. Dans toutes nos croix, donne-nous la même confiance que toi envers ton Père pour nous abandonner entre ses mains. Que notre péché qui nous conduit à la mort soit cloué à la croix et que notre être intérieur soit élevé en toi auprès du Père, Source de toute vie ! »
Frère Elie
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samedi, 08 mars 2008
La résurrection de Lazare
Ce mystère du Père qui veut nous donner part à sa propre vie dans l’Esprit, nous ne pouvons l’accueillir comme une réalité dans nos existences que moyennant la foi en son Fils unique venu nous sauver. Certes, la mort est inévitable et donc apparemment triomphante et pourtant saint Paul nous dit : « Si l’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous ». Cette une parole pleine d’espérance que l’Apôtre nous adresse ici, une parole fondée sur la foi en Jésus-Christ Sauveur, mort et ressuscité, vainqueur de la mort et du péché.
Dans l’évangile de la résurrection de Lazare ou plus exactement de la « réanimation » de Lazare, nous sommes invités à poser cet acte de foi en Jésus Christ mort et ressuscité pour nous au travers des personnages de Marthe et de Marie qui nous renvoient à deux attitudes face à la mort et plus largement face la souffrance.
A Jésus qui lui dit que son frère ressuscitera, Marthe répond : « Je sais que tu le ressuscitera au moment de la résurrection au dernier jour ». Elle renvoie son espérance dans un futur lointain. Jésus va alors la ramener au présent, à l’aujourd’hui de son salut : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais. »
Est-ce que nous croyons qu’ici et maintenant, Jésus est la résurrection et la vie ? Ou bien renvoyons-nous à plus tard son œuvre de salut, mettant ainsi une limite à sa puissance ? La foi ce n’est pas seulement croire que Jésus est mon Sauveur et mon libérateur. C’est aussi croire en Jésus mon Sauveur et mon libérateur ici et maintenant ! C’est croire que Je suis en lui et Lui en moi : « Quiconque croit en moi, même s’il meurt, vivra et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Le crois-tu ? »
Peut-être que dans notre souffrance nous n’avons plus le ressort de confesser une espérance même dans un futur lointain. Peut-être que nous n’avons même plus la force, comme Marthe, de reprocher au Seigneur ce que nous croyons être son inaction : « Si tu avais été là Seigneur ! » Peut-être que nous ne sommes même plus capables d’argumenter devant notre malheur et que la seule chose encore en notre possibilité c’est de pleurer en restant lié dans notre mémoire à un passé heureux comme Marie au souvenir de son frère Lazare. Osons alors regarder vers Jésus. Notre Seigneur ne nous reproche pas nos pleurs ni notre émotivité. Il y a des larmes qu’il est bon de laisser couler, non pour se complaire dans la souffrance mais pour la confier au Seigneur. Mais pour nous libérer du poids qui nous écrase, Jésus a besoin de savoir où il se trouve : « Où l’avez-vous mis ? » Où as-tu cachée ta souffrance, où est cachée ta blessure ? Jésus m’invite à prendre la parole sur ce qui m’aliène, sur ce qui me paralyse, sur ce qui me fait mal. Il ne s’impose pas. Il ne veut pas violer mon intérieur. Il nous faudra répondre : « Seigneur viens et vois ». Alors, il pourra prendre sur lui ma souffrance et devant ma douleur, il frémira de compassion et versera lui aussi des larmes.
Ce tombeau devant lequel Jésus nous invite à le conduire est encore fermé. Sur sa demande, dans la foi, il nous revient de rouler la pierre qui en bouche l’entrée et de laisser revenir à la lumière et à la vie cette partie souffrante de nous-mêmes, ce « Lazare », qui y est caché, enfermé...
Si nous acceptons dans la foi de rouler cette pierre, si nous choisissons la vie, alors Jésus rend grâce et prend le relais pour la suite des opérations. Devant notre tombeau maintenant ouvert il crie : « Lazare, dehors ici ». C’est un ordre qu’il nous adressera dans un cri de recréation qui nous rappelle à la vie ! Viens ici, viens vers moi qui suis la lumière, viens à moi qui suis la vie.
Sommes-nous prêts à faire cet exode, à laisser venir à la lumière du Christ cette partie blessée et meurtrie de nous-mêmes que nous tenions si bien cachée depuis tant d’année ? Cela peut faire peur. Un nouvel acte de foi nous est demandé pour nous montrer dans la vérité de ce que nous sommes, encore liés par nos bandelettes. L’appel du Seigneur résonne-t-il en nous plus fort que toutes nos résistances ?
La liturgie de ce dimanche nous rappelle que le carême est ce temps de l’exode où le ce temps de l’exode où le Christ nous invite dans la foi à laisser les tombeaux de nos fausses sécurités, de nos culpabilités, de nos blessures, de nos repliements sur nous-mêmes.
« Seigneur fais-nous la grâce d’oser nous avancer vers la vie nouvelle que tu veux nous donner en plénitude pour nous restaurer dans la puissance de ton Esprit dans notre liberté de fils et de filles de Dieu. »
Frère Elie
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vendredi, 07 mars 2008
MONTE A JERUSALEM
A l’inverse des membres de sa famille, Jésus ne monte pas ostensiblement à Jérusalem pour la fête des tentes mais dans le secret. La révélation que le Fils de Dieu est venue porter au monde se fait toujours dans la discrétion, de façon voilée car elle demande à être accueillie librement dans la foi.
Voilà pourquoi nombreux sont ceux qui ne reconnaissent pas Jésus pour celui qu’il est. L'appartenance de Jésus au peuple d’Israël était vérifiable par chacun : « lui, nous savons bien d’où il est. Or lorsque le Messie viendra, personne ne saura d’où il est ». Les juifs qui disent cela pensent ici à une origine humaine alors que c’est de l’origine mystérieuse du Messie, de son origine divine qui demeure mystérieuse dont il est question ici. Cette origine, seul el Messie, Fils de Dieu, pourra la révéler et elle ne sera accessible que dans la foi en sa Parole et en ses œuvres.
Il y a une manière d’écouter la Parole de Dieu comme si nous la connaissions déjà, tout comme ces hommes qui devant Jésus pensent savoir qui il est parce qu’ils savent d’où il vient. Comment alors être encore étonné, bousculé, dérangé par cette Parole ? Comment dès lors s’engager sur un chemin de conversion ?
Jésus fuit cette logique de la projection sur lui de nos précompréhensions toutes humaines. Il a quelque chose à communiquer ou plus exactement quelqu’un à faire connaître qui est Dieu lui-même, qui ne se laisse pas enfermer par les jugements faciles de ceux qui pensent déjà savoir comment vont les choses.
Jésus se soustrait à ces hommes qui veulent le capturer. La Parole du Seigneur échappe à l’emprisonnement que nous voulons tant de fois lui imposer pour en faire quelque chose d’aseptisé, de dénué de toute capacité à nous surprendre, à nous remettre en question. La Parole de Dieu échappe au poids de nos habitudes, même les plus religieuses, dont nous la revêtons jusqu’à la masquer complètement.
Son Heure n’était pas encore venue. La Parole de Dieu tout comme notre Seigneur ne se laisse pas manipuler, instrumentaliser. Il faut toujours chercher le Christ pour le trouver et le trouver pour le chercher encore. Ici-bas, nous n’aurons jamais fini de pénétrer dans le mystère de sa personne et de nous laisser saisir par lui.
« Durant ces jours qui nous séparent de Pâques, puissions-nous nous laisser interpeler par la Parole du Christ qui veut nous conduire toujours plus loin sur le chemin de la conversion qui conduit à la Maison du Père. »
Frère Elie
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vendredi, 15 février 2008
LA TRANSFIGURATION
Fiche de préparation
Fil rouge
La première lecture marque un commencement majeur de l’histoire biblique. Avec le départ d’Abraham, une alliance est scellée entre Dieu et le père des croyants, une alliance nouvelle, une bénédiction que rien ne pourra mettre en échec. Cette mise en route contient la plus belle promesse pour les hommes, car elle se fait pour le bonheur d’Abraham, pour sa propre fécondité, mais plus largement pour celle de tous les hommes.
Cette alliance en effet ne concerne pas seulement la descendance d’Abraham. En lui toute l’humanité reçoit la grâce de l’alliance. Cette alliance unique et indéfectible trouvera sa plénitude et son accomplissement en Jésus-Christ.
Ainsi le récit de la vocation d’Abraham donne un écho de notre propre vocation. Comme l’écrit saint Paul à Timothée : « il nous a donné une vocation sainte (…) à cause de son projet et de sa grâce ». Cette vocation est un appel à la vie divine. La descendance d’Abraham est dite aussi nombreuse que les grains de sable de la mer ou les étoiles du ciel, car la vie que nous recevons est la vie même de Dieu, la fécondité de nos vies est celle de l’Esprit qui agit au cœur des croyants, la gloire dont nous sommes appelés à resplendir est celle de Dieu. Elle ne connaît donc pas de limite.
La mort elle-même ne saurait la borner. C’est ce que nous montre Jésus sur la montagne : la lumière de sa résurrection promise à tout homme est la vie même de Dieu. Eclat, blancheur et lumière veulent exprimer l’indescriptible de cette grâce.
Moïse et Elie, la Loi et les Prophètes, ceux qui ont bénéficié d’une révélation du Père, sont ceux qui devaient entourer le Fils lors de sa venue. Etant à nouveau sur le Sinaï, ils annoncent que les temps sont accomplis.
Que les temps soient accomplis ne signifie pourtant pas que l’heure de la proximité définitive de Dieu parmi les hommes soit venue. Pierre en fait l’erreur. Il veut dresser des tentes, symboles de la visite de Dieu parmi les hommes alors qu’il est à la veille de voir le Christ prendre un chemin inattendu et scandaleux à ses yeux : la Croix.
C’est pourquoi la voix dans la nuée insiste pour que les hommes écoutent Jésus. Il annonce le chemin vers le Père.
Actualisation
Nous ne sommes pas différents des apôtres. A la veille de nous engager sur les chemins de la Passion, nous avons à nous rassasier du spectacle de la gloire de Dieu. Saint Matthieu souligne l’allure apocalyptique de la scène par la prostration des apôtres, le geste solennel de Jésus et son ordre de se relever, donné en les touchant. Il manifeste ainsi sa proximité et sa mission de nous donner de ressusciter en lui.
C’est pourquoi ils ne virent plus que Jésus, c'est-à-dire que Jésus seul suffit désormais.
Confirme que pour pénétrer ce mystère il faut être illuminé de la lumière de la résurrection. On ne répond à sa vocation, on ne devient témoin de l’Evangile, qu’une fois la Pâques traversée. Avant, les yeux de la foi sont voilés.
« Avec la force de l’Esprit de Dieu, prends ta part de souffrance dans l’annonce de l’Evangile » nous exhorte saint Paul. Le Christ a fait resplendir la vie et l’immortalité : nous savons clairement notre vocation, il nous faut en vivre et la faire connaître.
Fr. Dominique
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vendredi, 08 février 2008
LA TENTATION
Dans le jardin d'Éden, c'est-à-dire le Paradis terrestre, Adam et Ève, le premier homme et la première femme, ont été tentés par le diable - le serpent - et, suite à cette tentation à laquelle ils n'ont pas résisté, ils ont péché contre Dieu. Quelques temps plus tard, dans le désert, Jésus de Nazareth, le Fils de Dieu fait homme, Médiateur et Rédempteur de tout homme et de toute femme, a été tenté par le diable, et il a résisté à toutes les tentations, quelles qu'elles soient, car il est tout-puissant par nature, étant Dieu et Fils de Dieu. En même temps, Marie, la Mère de Jésus, et donc la Mère de Dieu et notre Médiatrice auprès du Christ Médiateur, n'a jamais commis aucun péché que ce soit, car, étant pleine de grâces et Immaculée dans sa Conception, elle s'est donnée entièrement à Dieu dès le premier instant de son existence.
En plus des cas que je viens d'énumérer, il y a le nôtre. Quelques fois, ou souvent, nous sommes tentés. Quelques fois, ou souvent, nous résistons, ou nous succombons à la tentation, et nous péchons. Pourquoi succombons-nous à la tentation ? Principalement pour deux raisons. La première, c'est que nous ne regardons pas derrière nous. Je veux dire que nous ne pensons pas à notre passé. Nous ne pensons pas que nous avons été conçus pécheurs et que nous le sommes encore sous un certain rapport, portant en nous, non pas le péché d'Adam et d'Ève dont nous avons été purifiés par le baptême, mais bien ses traces et ses séquelles. La deuxième, c'est que nous ne regardons pas en avant. C'est-à-dire que nous ne pensons pas, ou pas assez, à Dieu, au Christ, à Marie et à tous les saints du Ciel, qui nous attendent, et surtout qui attendent que nous les prions, afin que, par cette humble et confiante prière, le Seigneur nous accorde sa grâce toute-puissante.
Parfois nous regardons en arrière, parfois nous regardons en avant. Mais pas toujours de manière équilibrée. Tenir un juste milieu, garder un bon équilibre entre les extrêmes, voilà ce qui nous permet de vivre saintement, en résistant aux tentations, quand elles surviennent. En d'autres mots, la vertu de prudence doit être le fondement et la base de toute vie morale. C'est le sentiment de Saint Thomas d'Aquin. C'est aussi ce que Saint Ignace de Loyola enseigne dans ses Exercices Spirituels, où il écrit : "Les choses qui sont sur la terre sont créées à cause de l'homme et pour l'aider dans la poursuite de la fin que Dieu lui a marquée en le créant. D'où il suit qu'il doit en faire usage autant qu'elles le conduisent vers sa fin, et qu'il doit s'en dégager autant qu'elles l'en détournent."
Il n'est pas difficile de voir que, dans le cas d'Adam et d'Ève, le juste milieu, l'équilibre, la prudence n'ont pas été observés par les protagonistes. Au contraire, Jésus, face aux tentations, a chaque fois rétabli cet équilibre que le diable essayait de lui faire rompre. En effet, dans le Paradis terrestre, le Seigneur avait planté l'arbre de la connaissance du bien et du mal, avec l'arbre de vie, au milieu du jardin (cf. Gn 2, 9). L'arbre de la connaissance du bien et du mal, étant planté au milieu du jardin, se rapporte donc nécessairement à cet équilibre, ce juste milieu qu'il nous faut conserver dans la vie. Mais pourquoi le fait de manger du fruit de cet arbre va-t-il rompre cet équilibre ? Tout simplement parce que Dieu a prononcé une parole d'interdiction, parole à laquelle Adam et Ève auraient dû obéir. Or, comme Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance, Adam et Ève auraient dû obéir à Dieu, non seulement en ne mangeant pas du fruit défendu, mais bien en exprimant leur obéissance par leur propre parole. Et comment parler lorsqu'on a la bouche pleine, pleine du fruit défendu ?
Pour ce qui est de Jésus tenté par le diable, nous voyons le Seigneur répondre à toutes les tentations en utilisant la Parole même de Dieu, cette Parole qu'il est lui-même : Mt 4, 4, Jésus répondit : «Il est écrit : "L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu." (Deut. 8, 3)» Mt 4, 7, Jésus lui dit : «Il est écrit aussi : "Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu" (Deut. 6, 16).» Mt 4, 10, «Arrière, Satan, lui dit alors Jésus, car il est écrit : "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul." (Deut. 6, 13)» Jésus n'avait pas la bouche pleine : il a été tenté, mais il n'a pas péché. Comme à son habitude, Jésus prononce des "paroles de grâce" (Lc 4, 22).
Confions-nous à l'intercession et à la médiation de la Très Sainte Vierge Marie ! Que, par sa prière, nous recevions du Seigneur Jésus la grâce de manger la Parole de Dieu lors de la communion eucharistique de ce jour !
le Chanoine Dr. Daniel Meynen
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mercredi, 06 février 2008
MERCREDI DES CENDRES
Revenez à moi de tout votre cœur ! », s’exclame le prophète Joël.
Il nous introduit ainsi dans le carême. Il nous rappelle que la conversion du cœur est la dimension fondamentale du temps de grâce que nous nous apprêtons à vivre. Mais il rappelle aussi la motivation de notre démarche : « Revenez au Seigneur votre Dieu car il est tendre et miséricordieux ».
Il convient donc de se placer sur le registre de l’amour pour entrer en carême, pour être dans les mêmes dispositions que notre Dieu qui attend notre retour avec impatience. Il serait particulièrement vain et déplacé d’être compté par Jésus parmi « ceux qui se donnent en spectacle ». La conversion authentique n’est pas faite de formes extérieures ni de vagues dispositions intérieures : elle exige la participation et la transformation de l'existence tout entière. Elle exige le détachement de ce qui nous retient loin de Dieu.
Or cette perspective nous fait souvent un peu peur. Peur de l’inconnu de la sainteté sans doute, mais surtout peur de la souffrance. Notre souffrance, évidemment. Notre désir de nous rapprocher de Dieu est grand, mais nos blessures sont là. Peur de la souffrance de Jésus également : avoir à contempler bientôt les plaies de notre Seigneur peut nous sembler hors de portée. Nous risquons donc d’être bloqués des deux côtés : par nos blessures qui poussent à l’immobilisme et au repli sur soi, et par celles du Christ, que nous savons devoir imiter.
C’est pourquoi Jésus nous vient en aide. Saint Paul l’affirme : « celui qui n'a pas connu le péché, Dieu l'a pour nous identifié au péché des hommes ». Jésus n’attend pas que nous venions à lui, il fait le premier pas, il vient nous chercher au cœur de nos nuits. Avant même que n’osions ouvrir les yeux sur l’itinéraire de notre carême, lui est déjà là, à nos côtés, prêt pour la route. Avant que n’ayons à entrer dans la contemplation du mystère de la Croix, Jésus voit nos blessures et il les regarde avec amour.
Bien sûr, il ne s’agit pas d’une manière de nous apprivoiser : nos blessures sont bien différentes des siennes. Les nôtres sont toujours liées au péché, de près ou de loin ; les siennes sont le fruit de l’amour. Mais justement, c’est de cette façon que l’amour de Dieu se présente à nous dans sa tendresse et dans sa miséricorde. La compassion de Dieu se révèle par la déchirure de son cœur qui s’offre en refuge inespéré pour tous les égarés que nous sommes.
Nous le voyons, dès les premiers instants du carême, notre méditation prend les accents du Vendredi Saint, comme l’ensemble de la liturgie de ce jour. C’est parce qu’il nous faut nous anéantir en Celui qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort de la Croix.
Mais notre carême s’ouvre aussi par la célébration de l’eucharistie ! Le crucifié est présent, et le ressuscité également. Dans chaque messe, Jésus est en même temps la victime et le prêtre. En tant que victime, il rend présente sa mort ; en tant que prêtre, il rend présente sa résurrection. Celui qui dit « Ceci est mon Corps » ne peut être un mort mais un vivant. Ainsi nous appelle-t-il à revivre avec lui à la vie éternelle.
Voilà dressé devant nous le porche d’entrée dans le carême. Il peut paraître austère. Les cendres nous rappellent notre condition humaine, elles disent que nous avons été faits de poussière et que notre existence risque de n’être qu’un souffle qui passe si nous ne la fondons pas sur le Christ. Seules, elles seraient en effet menaçantes.
Mais l’imposition des cendres est accompagnée d’une parole : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ! ». Il s’agit d’un appel à la vie ! Ces mots sont les premiers de la prédication de Jésus. Il nous rappelle dans cette formule que la seule souffrance est d’avoir perdu le chemin de la maison du Père. Nous faisons fausse route ! Il nous faut donc travailler à reprendre la bonne direction. La prière, le jeûne et l’aumône sont les piliers de ce travail qui exige un réel effort et qui est la condition pour que la grâce que nous avons reçue de Dieu ne reste pas sans effet. Mais ne perdons pas de vue que ces trois piliers sont les fondements de l’édifice que Dieu lui-même construit, car notre plus grand travail est de nous laisser façonner par lui. C’est pourquoi l’Apôtre nous suppliait : « laissez-vous réconcilier avec Dieu ».
Frères et sœurs, le règne de la mort et du péché est arrivé à son terme. Détachons-nous de tout ce qu’il a engendré et qui en train de disparaître. Entrons maintenant dans la joie de Dieu, tournons-nous vers lui, courrons allègrement sur les chemins de l’évangile. « C’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut ».
Frère Dominique
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jeudi, 31 janvier 2008
LA LUMIERE
Remarquons que cette leçon de choses s’adresse aux disciples, au cercle large des Douze et de ceux qui ont choisi de suivre Jésus. Elle a bien sûr un sens spirituel plus large que la logique domestique. L’image est belle, par exemple, est pour illustrer le combat spirituel. Nous peinons dans notre combat contre la tentation en oubliant souvent que le combat est difficile tant que nous sommes complices avec notre ennemi. La lumière, qui n’a aucun point commun avec les ténèbres, remporte une victoire instantanée sur elles. Dès que la lampe est allumée, il ne fait plus sombre.
Pour peu, bien entendu, que l’on mettre la lampe en situation d’illuminer la pièce. Jésus ne pose jamais de question en vain. En nous rappelant cette vérité simple, il cherche certainement à nous rappeler que la lumière de notre baptême n’a pas place sous le lit des idéologies ni sous le boisseau des pressions sociales. Être chrétien est plus qu’un engagement, c’est un devoir pour que la lumière éclaire le monde où nous vivons.
Cette question si simple contient en outre un détail étrange : « est-ce que la lampe vient », demande Jésus. Or, une lampe ne vient pas, elle est amenée. Jésus, lui, vient parmi nous. Il est la lumière du monde. Voilà curieusement imagé le mystère de l’Incarnation. Jésus humblement comparé à un objet de notre quotidien, lui, la source de la lumière sur notre quotidien. Il est vrai que parmi ses contemporains, beaucoup l’ont vu et peu l’ont reconnu. Il est vrai que dans nos quotidiens, nous manquons par aveuglement beaucoup de rendez-vous avec lui.
De là les avertissements qui suivent. Être parmi les disciples n’est pas une garantie. « Si quelqu'un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ». L’enseignement donné par Dieu est donné à tous et pour tous. Il n’est pas fait pour être tenu secret. Mais l’avoir reçu n’est pas une garantie de salut car tout dépend de la qualité de l’écoute, tout dépend de l’attitude intérieure de celui qui écoute. Les exemples sont nombreux dans l’évangile. Hérode entend parler de Jésus mais le confond avec le Baptiste ; la femme souffrant de pertes de sang entend l’enseignement de Jésus et reçoit le salut. Jésus met donc en garde ses disciples, dans la même inspiration que la parabole du semeur. Il ne suffit pas d’être disciple, il faut surtout être une terre fertile et accueillante au don de Dieu.
« Faites attention à ce que vous entendez ! » insiste Jésus. Nous devons donc nous laisser ébranler par cette image de la lampe. Elle s’adresse bien à nous et il nous faut absolument éviter de regarder les disciples d’un peu haut, nous qui avons la connaissance et l’expérience du Christ ressuscité, contrairement aux disciples qui écoutaient Jésus ce jour-là. Eux en effet avaient à découvrir un Dieu paradoxal, l’infini qui se faisait connaître par le visage fini de Jésus, le maître de la vie qui se laissait emporter par la mort. Mais notre expérience n’est pas différente ! La résurrection n’enlève pas le poids de la mort dans nos vies, sa victoire définitive n’atténue pas les combats que nous avons encore à mener. Notre Dieu se fait toujours connaître à ses disciples par une voie qui les déconcerte, qui les dérange. Il nous faut donc être grandement vigilants à ce qu’il nous enseigne jour après jour. En accueillant docilement sa parole, nous comprendrons la joie et la douceur de ce qu’il nous annonce : « celui qui a, recevra encore », celui qui a reçu la vie du ressuscité par son baptême, recevra encore la joie de Pâques, la joie parfaite que donne la vie dans la plénitude de l’Esprit.
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