mercredi, 19 mars 2008
SAINT JOSEPH
La vie intérieure de Joseph : équilibre profond entre action et contemplation
"Notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ" (1 Jn 1,15)...
Saint François de Sales décrit bien les effets de cette présence : "Sa présence aimable attire toutes les facultés de l’âme autour de Jésus ; elles s’arrêtent en lui comme en l’objet vraiment désirable. Et, comme quelqu’un qui a mis un aimant au milieu de beaucoup d’aiguilles… ainsi, quand notre Seigneur fait sentir sa présence délicieuse au milieu de l’âme, toutes les facultés s’orientent de ce côté…; l’amour, en reconnaissant la présence du Bien-aimé… se recueille et entraîne toute l’âme vers lui avec une tendre inclinaison, avec un doux enveloppement"[1].
Le même saint Docteur fait cependant remarquer que cette "expérience" dépend essentiellement de l’initiative divine : "Il n’est pas en notre pouvoir de l’avoir quand on le veut, cela ne dépend pas de notre diligence, mais Dieu l’opère en nous quand cela lui plaît, par sa grâce très sainte"[2].
En saint Joseph l'expérience intérieure de la présence de Jésus était constante
Nous devons observer qu’en saint Joseph cette expérience amoureuse de la présence de Jésus n’était pas irrégulière, mais elle était jointe indissolublement au don de la paternité que Dieu avait communiqué à Joseph en lui assignant la mission de père : "En même temps que la puissance paternelle sur Jésus, Dieu a aussi accordé à Joseph l’amour correspondant, cet amour qui a sa source dans le Père, "de qui toute paternité, au ciel et sur la terre, tire son nom" (Ep 3, 15)" (Jean Paul II, Redemptoris custos, n. 8).
Jean de Carthage (†1617) s’arrête sur l’harmonie intime entre l’action et la contemplation, unifiées en saint Joseph par son amour pour Jésus : "J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire" (Mt 25, 35s)... Joseph ayant dépensé pendant trente ans toutes ses activités extérieures et ses travaux artisanaux pour nourrir et entretenir l’enfance et la jeunesse de Christ Seigneur, sa vie active ne peut qu’être la plus parfaite de toutes, hormis celle de la Vierge…
Il fut aussi celui qui veilla le plus concrètement sur les besoins humains du Fils de Dieu
A personne, sauf à la Mère de Dieu, Jésus ne pourra dire aussi bien qu’à Joseph : "J’ai eu faim et vous m’avez donné à manger; j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire" (Mt 25, 35s.). Les oeuvres de sa vie active ne pouvaient pas ne pas être agréables au Christ Seigneur : notre Joseph les exerça directement envers son humanité…" [3]
De ses oeuvres extérieures il est facile de faire le pas vers les oeuvres intérieures de sa vie contemplative : aucun parmi les mortels, hormis la Bienheureuse Vierge, n’en a eu une meilleure occasion. Si, en effet, Salomon dit: "Est-il possible de porter le feu dans sa propre poitrine, sans se brûler les vêtements ?" (Prov 6, 27), Joseph portait sur sa poitrine le feu, c’est-à-dire le Christ, il l’a un nombre infini de fois touché avec les mains, dévêtu, vêtu, embrassé, et certainement il s’en suivait que brûlaient de manière véhémente les flammes de son amour"[4].
Le plus grand des contemplatifs
En comparaison des autres saints contemplatifs, "saint Joseph les dépassa tous dans l’excellence de la vie contemplative parce qu’il était plus ardemment enflammé par l’exemple visible du Christ et de Marie dans une présence ininterrompue de trente ans, et par leur aide puissante, il était plus fréquemment porté à multiplier des actes fervents d’amour" [5].
(San Giuseppe nel mistero di Dio, Piemme 1992, p. 213-214)
__________
[1] Teotimo, VI, 7.
[2] ibidem.
[3] Vives, Summa Iosephina, Romae 1907, nn. 673.675.
[4] Vives, Summa Iosephina, Romae 1907, nn. 673.675.
[5] ibid., n° 677.
09:38 Publié dans Sanctoral | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : spiritualité, foi, prières
lundi, 04 février 2008
SAINTE CATHERINE DE RICCI
Catherine de Ricci (de son nom de baptême, Alessandra Lucrezia Romola) était une religieuse dominicaine, du Tiers Ordre, bien que cloîtrée, née à Florence le 23 avril 1522 et morte le 2 février 1590.
Elle est principalement connue dans le monde pour son extrême mysticisme et les événements extraordinaires de sa vie ; elle connaissait une extase miraculeuse, et authentifiée cependant avec le plus grand soin, dans laquelle elle fut plongée chaque semaine, depuis le jeudi à midi jusqu'au vendredi à 16h00, pendant plusieurs années. Dans cet état elle passait par tous les stades de la passion du Christ, la réalisant effectivement et présentant aux autres de façon remarquable tout ce que Marie avait souffert lorsqu'elle était témoin de l'événement.
Son père, Pier Francesco de Ricci appartenait à une famille ancienne et respectée de banquiers et de négociants. Sa mère, une Ricasoli, mourut quand l'enfant était encore petite et elle fut élevée par une belle-mère dévouée, Fiammetta da Diacceto. Cette dernière observa bientôt chez la fillette une tendance inhabituelle à la sainteté - particulièrement par la prière solitaire - qu'elle fit tout son possible pour encourager et développer. Dès son enfance, Alessandra résolut de rejoindre un ordre religieux de stricte observance ; mais l'état de relâchement était à ce moment là si général qu'il se passa longtemps avant qu'elle pût trouver ce qu'elle désirait. Sa vocation fut finalement décidée à l'occasion d'un séjour à Prato, où elle fit la connaissance du couvent dominicain de Saint-Vincent, fondé en 1503 par neuf dames qui avaient été de ferventes disciples de Savonarole. Alessandra put y trouver un esprit de ferveur religieuse assez élevé, capable de satisfaire son idéal ; et, après quelques difficultés avec son père, elle devint novice, prit le voile en 1535 (adoptant le nom de Catherine) et fit profession en 1536.
Aussi bien pendant son noviciat que pendant quatre ou cinq ans après sa profession, elle fut en butte aux humiliations de la communauté, incapable de comprendre certaines faveurs surnaturelles qu'elle recevait ; mais sa sainteté et son humilité finirent par en triompher. Elle fut alors nommée à plusieurs postes importants, étant finalement prieure ou sous-prieure jusqu'à sa mort. Pendant toutes ces années, tandis qu'elle s'acquittait consciencieusement de tous ses devoirs religieux, elle ressentait et manifestait un vif intérêt pour toute sa famille - surtout ses frères - et pour ses nombreux amis et ses « enfants spirituels ». La grande « Extase de la Passion », dont il est parlé plus haut, arriva pour la première fois en février 1542 et se renouvela ensuite chaque semaine pendant douze ans, après quoi elle cessa, exauçant ainsi les prières de Catherine elle-même et de sa communauté. La renommée de cet événement amenait tant de personnes de toutes conditions et faisait tant connaître le nom de Prato que la tranquillité et la stricte observance du couvent en souffraient. Catherine de Ricci vécut à une époque de grands saints ; parmi ses contemporains on cite saint Charles Borromée, saint Philippe Néri et sainte Marie-Madeleine de Pazzi. Avec les deux derniers on dit qu'elle put avoir des entretiens miraculeux, ne les ayant jamais rencontrés de façon naturelle. Elle fut béatifiée en 1732 par Clément XII, après que sa cause eut connu beaucoup de retards et elle fut canonisée par Benoît XIV en 1746 ; ce furent deux occasions de grandes réjouissances à Prato, où sa mémoire est toujours gardée vivante. Les héritières directes de sa communauté vivent toujours au couvent de Saint-Vincent (appelé maintenant ordinairement Sainte-Catherine) où son corps repose toujours. On la fête le 13 février.
17:44 Publié dans Sanctoral | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Spiritualité, foi, prières
lundi, 28 janvier 2008
Joseph Freinademetz (1852-1908)

Joseph Freinademetz est né le 15 avril 1852 à Oies, un hameau de 5 maisons dans les Alpes dolomitiques au Nord de l'Italie. Joseph reçut le baptême le jour même de sa naissance. Il hérita de sa famille une foi simple mais tenace et une grande capacité de travail.
Pendant que Joseph étudiait la théologie au Séminaire diocésain de Bressanone, il commença à penser sérieusement aux missions étrangères comme un chemin de vie possible. Ordonné prêtre le 25 Juillet 1875, il fut nommé pour la communauté S. Martino di Badia, une paroisse près de chez lui, où très vite il gagna les cœurs des gens. Cependant, l'appel au service missionnaire ne le quittait pas. Seulement deux ans après son ordination, il entra en contact avec le Père Arnold Janssen, fondateur d'une maison missionnaire, que deviendra bientôt officiellement la Société du Verbe Divin.
En Août 1878, avec la permission de son Évêque, Joseph entre dans la Maison de Mission à Steyl en Hollande. Le 2 mars 1879, il reçoit sa croix missionnaire et part pour la Chine avec le Père Jean Baptiste Anzer, un autre missionnaire du Verbe Divin. Après un voyage de cinq semaines, ils arrivent à Hongkong où ils restent pour deux ans et se préparant pour l'étape suivante. En 1881, ils partent pour leur nouvelle mission au Sud Shantung, une province de 12 millions d'habitants avec seulement 158 Chrétiens.
Les deux années suivantes furent dures, marquées par des voyages longs et ardus, avec les assauts des bandits, et consacrées spécialement au travail difficile de former les premières communautés chrétiennes. Aussi, à peine qu'une communauté a été formée, une instruction de la part de l'Évêque pouvait lui demander de la quitter pour fonder ailleurs une nouvelle.
Très tôt, Joseph comprendra l'importance des laïcs, en particulier des catéchistes, dans la première évangélisation. Il consacra une grande partie de ses forces à leur formation et prépara un manuel catéchétique en langue chinoise. En même temps, avec Anzer qui devint évêque, il investit un grand effort dans la préparation spirituelle et la formation permanente des prêtres chinois et des missionnaires.
Toute sa vie était tellement caractérisée par l'effort de se faire un chinois parmi les chinois, qu'il pouvait écrire à sa famille : «J'aime la Chine et les Chinois. Je ne veux que mourir parmi eux et être enterré au milieu d'eux».
En 1898, Joseph Freinademetz souffrait de laryngite et il ressentait les premiers symptômes de tuberculose comme conséquence de la surcharge de travail et de beaucoup de privations. Sur l'insistance de l'Évêque et d'autres prêtres, il partit pour quelque temps au Japon pour se reposer, dans l'espoir de retrouver sa santé. Il retourna en Chine quelque peu rétabli, mais pas complètement guéri.
A la fin de 1907, pendant qu'il était Administrateur diocésain pour la sixième fois, il y eut une épidémie de typhus. Joseph, offrant comme bon pasteur sans cesse son assistance, visitait plusieurs communautés jusqu'à en être lui-même infecté. Il se rendit à Taikia, le siège du diocèse, où il mourut le 28 janvier 1908. Il a été enterré sous la 12 station du «Chemin de la Croix» et son tombeau deviendra très vite un lieu de pèlerinage pour les chrétiens.
Joseph Freinademetz a su découvrir la grandeur et la beauté de la culture chinoise et aimer profondément le peuple auquel il a été envoyé. Il a consacré sa vie à proclamer l'évangile de l'amour que Dieu a pour tous les peuples, et à incarner cet amour dans la communion des communautés chrétiennes chinoises. Il a appris à ces communautés à s'ouvrir à la solidarité avec tout le peuple chinois. Et il a encouragé beaucoup de chrétiens chinois à devenir missionnaires auprès de leur peuple, comme catéchistes, religieux, religieuses et prêtres. Toute sa vie a été l'expression de ce qu'il avait écrit une fois : «L'amour est le seul langage que tous les peuples comprennent».
Homélie du Pape Jean-Paul II
15:48 Publié dans Sanctoral | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Spiritualité, foi, prières
SAINT THOMAS D' AQUIN
Théologien et philosophe italien. Né dans la région de Naples, Thomas, fils du comte d'Aquin, fut confié dès l'âge de cinq ans aux bénédictins du Mont-Cassin. Il aurait sans doute pu faire une belle carrière ecclésiastique s'il n'avait décidé, vers l'âge de dix-huit ans, d'entrer chez les Frères prêcheurs, ordre récemment fondé par saint Dominique. C'était choisir la pauvreté, une vie consacrée à la prière, à l'étude et à la prédication.
Après avoir surmonté l'opposition familiale, il rejoint Cologne puis Paris, où il étudie sous la direction d'Albert le Grand. Cet illustre théologien allemand, dont l'appétit de lecture a pu servir de modèle au personnage de Pantagruel, a montré au jeune frère Thomas tout ce que la pensée chrétienne pouvait et devait retenir des philosophies grecque et arabe.
Dès lors, la vie de Thomas va se confondre avec son œuvre et son enseignement, à Paris, puis à Rome et à Naples. Sa formation le vouait à combattre sur deux fronts: d'une part, contre les augustiniens, les disciples de saint Augustin, pour qui la philosophie gréco-arabe introduisait le paganisme dans la pensée chrétienne; de l'autre, contre les averroïstes, pour qui la philosophie s'identifiait avec les positions du célèbre philosophe arabe Averroès. Sa connaissance de la théologie grecque l'avait fait choisir comme expert pour le concile de Lyon, au cours duquel devait être tenté un rapprochement avec l'Eglise d'Orient; mais il mourut lors du voyage qui devait l'y conduire, en 1274.
Foi et intelligence
La pensée de Thomas d'Aquin se caractérise par une mise en question des présupposés philosophiques qui seront appelés modernes à partir du XIV e siècle. Pour lui, l'acte de celui qui connaît a pour terme le réel, même si la connaissance n'assimile que certains aspects sensibles ou intelligibles de celui-ci. La brebis qui fuit le loup ne fuit pas une couleur ou une odeur mais son ennemi de nature. La connaissance sensible nous apporte donc, déjà, au-delà de l'apparence, un véritable contact avec le réel. De plus, elle doit nous révéler des éléments universels et nécessaires, car tous les loups sont dangereux pour les brebis, et cela ne peut être autrement. Si la science seule contient des affirmations universelles et nécessaires, elle ne peut le faire qu'à partir de la sensation et de l'expérience, et parce que le sensible est déjà organisé, c'est-à-dire virtuellement intelligible. Ainsi ce qui est connu se trouve-t-il réellement - quoique spirituellement - dans l'âme qui le connaît.
La sagesse et la théologie
L'intelligence est donc à la fois active et passive. Passive, car si elle modifiait ce qu'elle connaît, elle tomberait dans l'erreur. La démonstration doit partir d'affirmations qui sont issues du réel. Mais l'intelligence est aussi active, car elle doit - et c'est l'étape majeure de l'abstraction - tirer l'intelligible du sensible, qui ne le contient que virtuellement. Cette abstraction permet de s'élever, à partir de l'expérience, à la science et à la sagesse. Comme la science, la sagesse est démonstrative. Mais ce qu'elle a de plus, c'est qu'elle examine les points de départ de la démonstration, soit par simple intuition, soit par mise en contradiction des opinions adverses, soit par référence à la révélation divine. Il y a donc une sagesse naturelle ou philosophique, et une sagesse fondée sur la foi. On peut s'étonner que la théologie soit une science, puisqu'elle part non d'affirmations évidentes, mais de la foi. Cependant la théologie n'est une science que parce qu'elle s'appuie non simplement sur la foi, mais sur la science divine qui se révèle en celle-ci.
Le contenu de la foi
La foi n'est pas en effet une décision arbitraire en faveur d'opinions probables ou rassurantes, mais la réponse obligatoire de l'homme à l'acte par lequel Dieu se révèle à lui. Son contenu ne saurait être probable ou attrayant, car il dépasse les capacités naturelles de l'homme et ne peut être accepté qu'en raison de la confiance que celui-ci, mû par un attrait surnaturel, met en Dieu. En revanche, cette confiance n'est pas facultative, car la raison peut démontrer que Dieu existe, qu'il se révèle dans la Bible. La confiance mise en cet enseignement, parce qu'elle repose sur des préalables rationnels, n'est donc pas un acte de légèreté: croire est essentiellement un acte intellectuel, mais où la confiance en Dieu, volontaire et réfléchie, tient lieu de démonstration. Le contenu de la foi est donc intelligible et exprimé en termes conceptuels par la parole à la fois divine et humaine de la révélation. Mais, comme toute connaissance a pour terme le réel, la foi et la philosophie visent le même Dieu et ne sauraient se contredire.
La simplicité de Dieu
Lorsque la pensée s'élève de la considération des êtres sensibles à celle de Dieu, notamment par l'une des cinq voies qui permettent de prouver son existence, il lui est manifeste que Dieu est absolument nécessaire, qu'il est un acte pur et absolument simple. Comme l'avait affirmé Aristote, Dieu est une intelligence qui ne fait qu'un avec son objet, un bien absolu qui met l'Univers en mouvement en attirant tout à lui. Parce que Dieu est absolument simple, ses attributs ne se distinguent que par la raison.
Dieu, cause de l'existence de l'Univers
Cependant, Dieu n'est pas seulement le moteur de l'Univers, il en est le créateur: l'Univers est produit par une action de Dieu, qui a la particularité de ne pas supposer de matériau préexistant. Thomas d'Aquin, dépassant consciemment Aristote, prétend démontrer rationnellement que Dieu est cause de l'existence de l'Univers, et non seulement de son organisation. De plus, Dieu est cause libre, parce qu'il est intelligent et n'est pas déterminé par un être supérieur à lui.
La création
Seule l'affirmation d'un commencement temporel du monde relève proprement de la foi, car ce commencement est une étape dans l'histoire de l'amour de Dieu pour l'homme. L'affirmation de la création est au centre de la pensée de saint Thomas d'Aquin. Philosophiquement, elle implique qu'exister est un acte - le premier des actes - qui a sa source ultime dans la volonté amoureuse de Dieu. Théologiquement, la rédemption s'articule sur la création, dont elle est l'achèvement, contrairement à la vision augustinienne, où Dieu ne fait qu'extraire quelques-uns de la masse de perdition. Spirituellement, la charité - amitié de l'homme pour Dieu - se fonde sur la considération de l'amour que Dieu a pour nous et dont notre simple existence est le témoignage constant.
La liberté et la grâce
L'ingratitude non moins constante de l'homme à l'égard de ce témoignage rend nécessaire la rédemption, ou libération à l'égard du péché. Mais si Dieu s'est servi, pour libérer l'homme, du péché qui l'avait asservi et notamment de l'horrible crime par lequel la sagesse incarnée a été clouée sur la Croix, le salut de l'homme ne se réduit pas à une réponse au péché. La sagesse de Dieu, qui avait créé l'Univers, éclaire l'intelligence de l'homme et attire sa volonté vers Dieu. Malgré le refus de l'homme et grâce à la miséricorde de Dieu, la création est portée à son achèvement: la transformation de l'homme en Dieu, dont le moyen ultime sera le sacrement de l'eucharistie. On voit que si l'homme ne peut être sauvé que par Dieu, encore doit-il accepter ce salut et aimer délibérément son créateur. C'est pourquoi ceux qui ne sont pas «élus» pour être sauvés en gardent toute la responsabilité: pour Thomas d'Aquin, la cause première du manquement à la grâce vient de nous. La conception thomiste de la liberté et de la grâce, parfois déformée par les commentateurs, sera remise en cause par les théologiens jésuites au XVI e siècle.
L'humanisme chrétien
Le théologien veut ainsi accorder à la nature toute la valeur et toute la consistance que doit avoir une œuvre de Dieu, témoignant de son amour et de sa sagesse. En cela, il s'oppose aux cathares et s'attache fermement à la loi mosaïque, au moment où les artistes catholiques, redécouvrant la sculpture, cherchent à donner une représentation plus réaliste de l'être humain. Car c'est de la nature humaine, au premier chef, qu'il s'agit d'affirmer la réalité et la bonté originelle, le péché qui la pervertit n'étant qu'une réalité accidentelle.
L'unité de l'homme
D'où la vigoureuse affirmation de l'unité de l'homme. L'âme et le corps ne sont pas deux choses, mais deux parties d'une même chose: l'homme. Encore le corps n'est-il un corps humain que grâce à l'âme qui l'organise comme tel. Thomas d'Aquin rejette également toute division de l'âme: c'est l'intelligence qui est la «forme» du corps, et c'est pourquoi, privée du corps par la mort, l'âme garde une tendance à informer un corps que Dieu seul peut satisfaire par la résurrection. L'immortalité de l'âme est ainsi philosophiquement démontrable, mais la mort corporelle, châtiment du péché, est un état contre-nature où l'homme est mutilé d'une partie essentielle de lui-même. On comprend pourquoi Thomas d'Aquin, reconnaissant toute sa place à l'animalité dans l'homme, fait de la connaissance sensible le point de départ de toute connaissance humaine.
Les vertus
Or l'homme, animal intelligent, a pour caractère propre de devoir être perfectionné par l'éducation. Il ne mène une vie vraiment humaine que par la culture, son intelligence ne pouvant se développer que par le langage et dans la société. Cette culture témoigne de sa destination à la sagesse et lui permet d'acquérir les vertus. Du point de vue de l'individu, la culture peut s'identifier à l'acquisition des vertus intellectuelles et morales. Mais, cet apprentissage n'étant possible que grâce à autrui, la civilisation est une œuvre commune qui se manifeste par la vie économique et, surtout, par la vie politique. Celles-ci, comme l'ont bien compris Platon et Aristote, doivent être entièrement soumises à la morale, laquelle est elle-même dominée par la vocation profonde de l'homme à s'assimiler à la sagesse éternelle.
La charité
C'est le sens de la thèse: la charité forme des vertus. Toute la valeur de notre existence tient dans la capacité de nos décisions à nous rapprocher du souverain bien, qui est Dieu. L'attrait naturel de tout être vers Dieu ne trouve cependant sa parfaite satisfaction que dans la charité, amitié personnelle, d'ordre surnaturel (théologal), de l'homme pour Dieu. Est-ce à dire que les incroyants sont immoraux? Le refus de la révélation est immoral parce que irrationnel, mais la simple ignorance n'est pas coupable, et l'obéissance au bien tel que le définit la raison peut alors être considérée comme un acte de charité implicite. Ainsi, la morale de l'amour, loin de condamner les passions, cherche à mettre l'homme dans un état vertueux où ses passions comme ses actions attesteront qu'il est à l'image de Dieu autant par sa nature intelligente que par sa réponse habituelle à l'attrait du bien.
Face à une pensée moderne pour laquelle l'homme n'est pas capable d'atteindre le vrai et le bien absolus, les thomistes nous invitent aujourd'hui à réhabiliter l'homme en Dieu.
Postérité de Thomas d'Aquin
La limpidité et la rigueur du discours de saint Thomas contrastent avec la confusion et l'obscurité des opinions qui lui sont attribuées par ses partisans ou par ses adversaires. Malgré les efforts du courant néothomiste et l'impact politique considérable de l'idéal «personnaliste», énoncé par le thomiste français Jacques Maritain en 1934, la pensée de Thomas d'Aquin, trahie par ses commentateurs, falsifiée par ses détracteurs, reste encore, pour beaucoup, à découvrir.
Ses oeuvres
- 1256-1259 De la vérité
- 1258-1264 Somme contre les gentils.
- 1259-1268 De la puissance de Dieu.
- 1266-1273 Somme de théologie
- 1269-1272 Des vertus.
- (non daté) De l'âme
- (non daté) Du mal
09:41 Publié dans Sanctoral | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Spiritualité, foi, prières
lundi, 07 janvier 2008
Saint RAYMOND
| Ce Catalan est professeur de philosophie à l'Université de Barcelone et décide de se rendre à Bologne, la plus grande Université de Droit de son temps, pour y étudier puis enseigner le droit civil et canonique. Le Pape Grégoire IX qui savait détecter les gens intelligents, lui confie la rédaction d'une "Somme des cas pénitentiaux", puis celle des "Décrétales" qui serviront de Code de Droit canonique à l'Eglise Catholique romaine jusqu'en 1917. Il rencontre alors saint Dominique de passage à Bologne et, dès son retour à Barcelone, il entre dans l'Ordre des Dominicains à 47 ans. Il en deviendra le Maître Général et encourage l'apostolat de ses frères auprès des Juifs et des Musulmans qui sont en Espagne. Préoccupé par l'Islam, il encourage saint Thomas d'Aquin à écrire "la Somme contre les Gentils" et fonde simultanément l'Ordre de Notre-Dame de la Merci pour la Libération des chrétiens captifs des Sarrasins. C'est un esprit indépendant, et l'on raconte même que le roi ayant voulut le retenir dans l'île de Majorque, saint Raymond étendra son manteau sur la mer et la traversera ainsi jusqu'à Barcelone. Prétextant son grand âge, il demande à être relevé de la charge de Maître de l'Ordre, ce qui ne l'empêchera pas de mourir centenaire. |
| Vous n'ignorez pas que les chemins qui conduisent au ciel sont différents selon les vocations...Quand le ciel a montré la voie, il ne faut pas s'en écarter. |
17:34 Publié dans Sanctoral | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sPIRITUALIT2?FOI?PRI7RES








