mercredi, 25 juin 2008

PORTER DE BEAUX FRUITS

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Dans une vigne, on retourne la terre autour des pieds de vigne et on sarcle les mauvaises herbes. L'homme aussi doit se sarcler, profondément attentif à ce qu'il pourrait y avoir encore à arracher dans le fond de son être, pour que le Soleil divin puisse s'en approcher plus immédiatement et y briller. Si tu laisses la force d'en haut faire son oeuvre..., le soleil devient éclatant, il darde ses rayons brûlants sur les fruits et les rend de plus en plus transparents. La douceur s'y fixe toujours davantage, les peaux qui les enveloppent deviennent très minces. Ainsi en va-t-il dans le domaine spirituel. Les obstacles intermédiaires deviennent finalement si ténus qu'on reçoit sans cesse les touches divines de tout près. Aussi souvent et aussitôt qu'on se tourne vers lui, on trouve toujours à l'intérieur le divin Soleil brillant avec beaucoup plus d'éclat que tous les soleils qui ont jamais brillé au firmament. Et ainsi tout dans l'homme est déifié à tel point qu'il ne ressent, ne goûte et ne connaît rien aussi vraiment que Dieu, d'une connaissance foncière, et cette connaissance surpasse de beaucoup le mode de connaissance de notre raison.

      Enfin on arrache les feuilles des sarments pour que le soleil puisse se répandre sur les fruits sans rencontrer aucun obstacle. Il en est de même chez ces hommes : tout intermédiaire tombe et ils reçoivent tout d'une façon immédiate. Voici que tombent prières, représentations des saints, pratiques de dévotion, exercices. Mais que l'homme se garde pourtant de rejeter ces pratiques avant qu'elles ne tombent d'elles-mêmes. A ce degré alors, le fruit devient si indiciblement doux qu'aucun raisonnement ne peut le comprendre... On ne fait plus qu'un avec la douceur divine, si bien que notre être est tout pénétré de l'Etre divin et qu'il s'y perd comme une goutte d'eau dans un grand fût de vin... Ici les bonnes intentions, l'humilité, ne sont plus qu'une simplicité, un mystère si essentiellement paisible qu'on en peut à peine prendre conscience.

 

Jean Tauler (vers 1300-1361), dominicain à Strasbourg

mardi, 24 juin 2008

CHEMINS DE CONTEMPLATION

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La prière contemplative englobe un grand champ d'expérience et nous ne pouvons pas la limiter à une seule forme. Nous devons l'envisager dans la ligne d'une certaine créativité et d'une grande liberté. Afin de mieux saisir la richesse de cette prière contemplative, nous exploiterons les divers niveaux à travers lesquels nous pouvons l'expérimenter. Nous retrouvons trois niveaux de contemplation: prière diffuse dans toute la vie, prière de méditation-répétition et la contemplation proprement dite. Partons maintenant à la découverte de chacune de ces formes contemplatives et essayons de voir comment elles s'articulent dans la vie du priant.

PRIÈRE DIFFUSE DANS TOUTE LA VIE

Cette façon de prier s'incorpore très bien au quotidien puisqu'elle nous place dans cette attitude de vivre en présence de Dieu. Nous en retrouvons le conseil chez saint Paul lorsqu'il dit: "Sois que vous mangiez, soit que vous buviez, quoique que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu" (1 Co 10,31). En adoptant cette attitude de vivre sous le regard de Dieu, nous l'invitons à faire route avec nous dans le quotidien. Tout se joue au niveau de l'intention et de la disponibilité du coeur de vivre en sa présence.

À cet sujet saint Augustin parle d'oraisons jaculatoires. Celles-ci consistent en des formules adressées à Dieu sous forme de répétitions qui nous aident à demeurer en sa présence. Plusieurs priants s'inspirent aussi des psaumes pour nourrir leur vie de prière. Je pense en particulier à celles que nous entendons souvent: "Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien; Ma lumière et mon salut, c'est toi Seigneur; Dieu, tu es mon Père, je t'aime." D'autres utilisent des invocations de ce genre: "Jésus, Marie, Joseph, je vous donne mon coeur, mon esprit et ma vie." Au moment de l'Avent, plusieurs récitent la formule: "Divin Enfant Jésus, venez naître dans nos coeurs et dans celui de tous les hommes."

Ces prières diffuses établissent un lien entre notre agir et notre vie d'union à Dieu. Vue ainsi, je crois que toute notre vie se déroule sous le regard de Dieu et devient prière. Nous vivons unis à Dieu à travers notre quotidien. Nous ne devons pas négliger ce premier niveau de contemplation, nous devons le cultiver en développant cette habitude de nous situer en présence de Dieu, par des moyens aussi simples que des invocations venant de la sincérité du coeur.

LA PRIÈRE MÉDITATION-RÉPÉTITION

Ce niveau de contemplation fait appel au recueillement et à l'intériorisation. Il s'agit de ruminer la Parole de Dieu et faire en sorte qu'elle descende en nous et qu'elle y porte du fruit. Dans cette manière de prier, nous nous donnons du temps gratuit pour entrer en contact avec Dieu et avec sa Parole. Dans ce cas, la prière et la méditation de la Parole s'enracinent en nous et autour de nous. Cette prière méditation-répétition s'exprime sous des formes connues telles la Lectio divina, l'Office divin, les litanies et l'oraison mentale. Dans ce genre de prière nous investissons plus de temps qu'au premier niveau.

Charles A. Bernard définit la Lectio divina comme étant "cette lecture attentive et savoureuse de l'Écriture sainte grâce à laquelle l'âme cherche et trouve le contact avec le Mystère dans son expression objective." Cela correspond à une certaine appropriation de la Parole que nous lisons et que nous intériorisons. Nous prenons une parole, nous la laissons descendre en nous, nous la répétons et nous entrons dans la réalité du mystère dévoilé tel que perçu par l'Église. En utilisant ce moyen, nous saisissons davantage la profondeur du mystère de Dieu et nous acceptons de nous laisser transformer par celui-ci de l'intérieur. Si cette écoute de la Parole de Dieu est accomplie de façon assidue et persévérante, elle parviendra à changer la personne qui la pratique et assurera un renouvellement spirituel. Lors de cet exercice de contemplation, nous nous rendons réceptifs à l'action de l'Esprit Saint qui oeuvre dans nos coeurs. Nous pouvons comparer cette expérience à l'attitude de Marie qui conservait toutes ces choses dans son coeur et les méditait. L'authenticité de la Lectio divina réside dans cette transformation que la Parole de Dieu opère en nous si elle est saisie, goûtée et assimilée.

Un autre moyen fort connu et très répandu à travers le monde entier est l'Office divin. Cette prière liturgique nous fait communier au mystère du Christ tout en nous unissant à la prière commune de l'Église. Participer quotidiennement aux différentes heures suggérées telles: Laudes, Vêpres et Complies, nous permet de suivre les mystères de Dieu qui s'échelonnent tout au long de l'année liturgique. La récitation de l'Office divin, autrefois strictement réservé aux moines, aux religieux et aux prêtres, se répand de plus en plus dans notre monde. Beaucoup de laïcs adoptent cette forme de prière liturgique et se joignent à des communautés paroissiales, des communautés religieuses ou mêmes se réunissent entre eux pour expérimenter et pour prier en Église.

Une autre manière de méditer s'actualise dans la prière litanique ou prière du coeur. Celle-ci se manifeste par une litanie ou par la répétition simple d'un court texte qui exprime un sentiment, une attitude que nous avons dans le coeur. La formule que nous entendons le plus souvent est celle-ci: "Jésus, fils de David, aie pitié de moi pécheur" ou "Jésus, j'ai confiance en toi, sois ma force et ma lumière."

D'autres se livrent à l'oraison mentale. À cet effet, ils utilisent la mémoire, l'intelligence, la volonté pour les appliquer à la connaissance des mystères du Christ. Nous pouvons classer dans ces méditations, les exercices de saint Ignace qui nous plongent dans le mystère du Christ et nous font expérimenter divers états d'âme en visualisant certaines scènes de la vie de Jésus. Par exemple, nous nous imaginons en présence de Jésus sur le lac de Galilée lors de la tempête apaisée ou devant la crèche avec des bergers et nous méditons sur ces sujets. Cette méditation exige que nous consacrions un temps de la journée pour nous livrer à ce genre d'expériences qui nous situe dans cette relation d'intimité avec Dieu.

LA CONTEMPLATION ELLE-MÊME

À ce niveau, la contemplation atteint son plus haut degré. Nous nous situons à l'étape d'une expérience personnelle de rencontre et de présence à Dieu. De l'intérieur, nous nous sentons habités par celui qui nous invite à dialoguer avec lui. Dans ce type expérientiel de contemplation, le raisonnement est mis de côté car tout se vit en profondeur, dans le coeur à coeur avec Dieu. Nous n'avons pas besoin de parler, nous nous sentons bien en compagnie de Dieu, nous aimons être en sa présence. Cette connaissance mystique de Dieu se différencie de la connaissance que l'on expérimente sur le plan humain. Saint Jean de la Croix dira: "C'est une connaissance surnaturelle de Dieu, du monde divin où nous apprenons à le connaître." Apportons une distinction entre ces deux mondes. Le monde humain exige une connaissance reliée à des choses sensibles, tandis que le monde divin fait appel au dépouillement des sens, à l'abandon, à la foi. Tout se déroule dans cette certitude que nous sommes aimés et connus par Dieu qui se révèle à nous.

Cette contemplation augmente notre disponibilité pour accueillir les dons de l'Esprit. Cela ne s'obtient pas à coup d'efforts mais s'opère par un don gratuit que Dieu fait à celui qui s'approche de lui en toute confiance et qui se fait attentif aux choses divines. C'est une sorte de sagesse qui nous fait goûter et expérimenter les choses de Dieu. Cette contemplation nous place également dans cet abandon à Dieu, où nous lâchons prise et jetons nos filets. C'est toujours lui qui prend l'initiative de nous rencontrer. Il le fait à travers de nombreux dépouillements et purifications qui creusent en nous cet espace afin qu'il puisse y déposer son amour.

À ce niveau, nous vivons les réalités de la foi de façon vivante. Parler de miséricorde ne se réduit pas simplement à des mots mais signifie un échange amoureux qui s'installe entre Dieu et nous, une communion intime qui s'établit. Notre quotidien en devient imprégné et nous devenons plus familiers avec les choses de Dieu telles la tendresse, la miséricorde et le pardon. Dieu devient quelqu'un pour nous et transforme notre vie, alors bien des choses prennent leurs vraies dimensions.

CONTEMPLER, C'EST...

C ommunier aux mystères de Dieu et vivre sous son regard

O uvrir notre coeur à la mouvance de son Esprit Saint

N ourrir notre vie par la Parole de Dieu qui transforme

T émoigner cet amour de Dieu dans le quotidien

E couter Dieu qui parle à notre coeur dans le silence

M anifester notre reconnaissance envers ce Dieu miséricordieux

P rier intensément en sa présence qui nous interpelle à l'abandon

L ouer la bonté, la tendresse et la fidélité de Dieu sans cesse à l'oeuvre

A dorer sa sainte volonté qui nous conduit vers la vraie Vie et la Vérité

T oucher partiellement au bonheur éternel que Dieu nous réserve

I nsister sur cette écoute attentive aux appels du Bien-Aimé

O ffrir notre condition de pauvre assoiffée du désir de Dieu

Naviguer sur cette mer immense et mystérieuse de l'amour divin

Claudette Jacques

Copyright SELON SA PAROLE 1997



dimanche, 22 juin 2008

LOUANGE POUR LA VIE QUOITIDIENNE

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 leigneur  maître de toutes choses,

Des grandes et des petites,


Nous voulons te rendre grâces

Pour ce que tu fais et pour ce que tu es.


Merci pour les choses familières

Le pain, le vent, la terre et l'eau;
Pour les hommes simples en qui tout est lumière;

Pour la musique et le silence,
Pour le rythme et le repos.


Merci pour la paix qui vient de toi.

Pour la nuit paisible et le silence
Pour le temps que tu nous donnes
Pour la vie et pour la grâce.


Merci Seigneur d'être là,

De m'écouter,
De me prendre au sérieux,


Merci Seigneur,

erci !

samedi, 21 juin 2008

PRIER AVEC L'EVANGILE

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Le développement des divers missels de poche a contribué à rendre habituelle la lecture quotidienne des « textes du jour ».

Beaucoup de croyants, qui n’ont pas le temps, ou le goût, d’aller à la messe tous les jours, tiennent cependant à lire fidèlement les passages de la Bible que la liturgie propose. Et il n’est pas rare que l’on voie, dans un métro ou dans un train, quelqu’un en train de méditer tranquillement la Parole.

Un texte chaque jour

Cette manière de faire rejoint une pratique très ancienne, celle des moines et des moniales qui, chaque jour, font lectio divina, c’est-à-dire consacrent du temps à une lecture lente, contemplative et priante d’un passage de la Bible.

L’attitude intérieure qui est essentielle dans une telle démarche est de se mettre à l’écoute, d’aborder le texte non pas tant pour y trouver des réponses à ses propres questions, que pour y venir à la rencontre de quelqu’un. L’évangile ne nous est pas donné pour nous indiquer ce que nous avons à faire, ou ce que nous n’avons pas fait, mais pour nous faire connaître Celui qui est venu manifester l’amour de Dieu. Aussi est-il important de ne pas seulement lire les passages que l’on aime bien, ou ceux dont les personnages nous ressemblent. Lire les textes du jour — ou bien lire l’évangile en entier, en avançant de quelques versets chaque jour — c’est se donner la possibilité de ne pas choisir, et de lire des passages qui nous déroutent, ou qui nous semblent obscurs. Si nous ne sommes jamais dérangés par l’évangile, si toutes ses pages nous semblent évidentes, c’est probablement que nous n’en lisons que des morceaux choisis.

Apprendre à connaître le Christ.

Pas d’inquiétude, donc, si l’on ne comprend pas toujours, si cela nous semble éloigné de notre vie. Lorsqu’on accueille chez soi un ami, on ne se demande pas ce que l’on va apprendre d’utile. On est heureux de l’accueillir, émerveillé de découvrir que l’on a toujours à … découvrir, même chez quelqu’un que l’on connaît bien. Un jour ou l’autre, il a une réaction, il formule une demande qui nous déroute, et cela nous rappelle qu’il n’est pas là pour correspondre exactement à l’idée que nous nous faisions de lui.

Osons donc lire l’évangile, tout l’évangile. Osons aller dans ces pages à la rencontre du Christ, en nous posant des questions, sur Lui et pas seulement sur nous. « Ignorer les évangiles, disait saint Jérôme, c’est ignorer le Christ. »

Le fr. Jean-Marie Gueullette, médecin et théologien moraliste de formation, est maître de conférences à la faculté de théologie de Lyon. Il anime aussi des groupes de prière silencieuse dans toute la France

vendredi, 20 juin 2008

JE VOUDRAI BIEN PRIER MAIS .....

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Ce n’est pas le désir de prier qui fait défaut aujourd’hui. Il y a probablement autant de croyants qu’autrefois qui souhaitent prier.Mais il y en a sans doute beaucoup plus qui ne savent pas comment faire. Deux points d’attention pour oser se lancer :

Une discipline nécessaire

« Je n’ai pas le temps. » La question est plus du côté de la discipline que du temps. Personne ne peut trouver une fécondité dans la prière s’il ne la pratique régulièrement, et cela nécessite une certaine discipline. Des amis, s’ils veulent se rencontrer, doivent faire des choix et placer des priorités dans leurs agendas. S’ils en restent au désir de se voir, ils ne se verront jamais. Dans l’ordre de la prière c’est un peu la même chose, à la différence près que l’on est seul à tenir son agenda et que personne ne va vous fixer de rendez-vous ou vous reprocher vos absences…

Regardez donc quelle est la période de la journée qui vous semble la plus adaptée pour votre prière : le matin, en milieu de journée, le soir. Tenez vous à ce moment là, comme à un rendez-vous prioritaire que rien ne puisse vous faire annuler.

La prière inutile

Tant que l’on regarde la prière comme une activité qui doit être efficace, on ne risque pas d’y être fidèle. Dans une vie marquée par une course permanente vers la performance, beaucoup aspirent à connaître autre chose. Le besoin de connaître des moments où cette spirale s’arrête, et de trouver un sens à sa vie, est-ce cela la vie spirituelle ? Habitués que nous sommes à être exigeants avec les propositions commerciales que nous recevons sans cesse, nous avons les mêmes attentes à propos de la prière : c’est efficace ou pas ? on se sent mieux ou pas ?

Mais la prière n’est pas de l’ordre de l’utile, comme un médicament ou une forme de gymnastique peuvent être utiles ou efficaces. C’est l’un des grands paradoxes qui nous paralysent : nous aspirons à vivre des moments de paix avec Dieu, mais nous ne supportons pas l’inaction ; nous sommes déçus si rien ne se passe, mais nous voulons découvrir la gratuité.

Le père Le Saux, moine bénédictin en Inde, écrivait : « L’homme n’a-t-il donc jamais le temps de s’asseoir en présence de la Majesté de Dieu, non pour demander ou remercier, mais pour simplement être là, devant lui, en silence ? »

Le fr. Jean-Marie Gueullette, médecin et théologien moraliste de formation, est maître de conférences à la faculté de théologie de Lyon. Il anime aussi des groupes de prière silencieuse dans toute la France.

jeudi, 19 juin 2008

A PRIERE


Ma Prière
envoyé par nephtalin

SE METTRE EN PRESENCE DE DIEU

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Revenir par un mot à la présence de Dieu.

Cette manière de prier est très simple, elle consiste à dire intérieurement un mot tout en restant tranquillement assis. La prière va ici s’appuyer sur un seul mot. L’idéal est de prendre le Nom par lequel on s’adresse spontanément à Dieu dans la prière : Père, Abba, Jésus, Seigneur, Dieu, Kyrie eleison, Adonaï… Il n’est pas nécessaire de se poser beaucoup de questions sur le choix de ce mot. Il n’y a pas un mot qui soit meilleur qu’un autre. Il est cependant important que l’usage de ce mot soit naturel, spontané, et qu’il soit un nom de Dieu, de préférence à une idée ou une qualificatif de Dieu comme « amour » ou « bonté ». Prenez donc le terme que vous utilisez spontanément pour vous adresser à Dieu.

Celui qui prie ainsi engage tout son être dans un mouvement d’amour envers Dieu pendant qu’il dit intérieurement ce mot, ou ce nom. Puis, il recommence. Ce n’est pas plus compliqué que cela. Le sens du mot n’a pas beaucoup d’importance,on ne le médite pas intellectuellement. On ne cherche pas à en goûter toutes les significations, toutes les harmoniques. L’essentiel est de se tourner vers Dieu par ce mot, en s’appuyant sur ce mot comme le dit le Catéchisme de l’Église catholique : « Souvent répétée par un cœur humblement attentif, l’invocation du saint nom de Jésus est le chemin le plus simple de la prière continuelle. §2668 »

Si on ne sait pas trop quel mot prendre, on peut prier le Saint-Esprit et demander son aide pour ce choix. Il prie en nous et « il murmure en notre cœur Abba, Père », comme le dit saint Paul. Ce n’est pas compliqué, il suffit de tourner son attention vers Dieu et de laisser jaillir du cœur un mot par lequel nous l’appelons. Parfois, on choisit au départ, de manière un peu intellectuelle un mot qui semble bien, plein de sens etc., et puis très vite, après quelques temps de prière, un autre mot s’impose et remplace le premier. Il ne faut pas faire cela tous les quarts d’heure, mais au début il y a parfois une petite période d’adaptation.

Une fois qu’on a commencé à prier sur ce mot, on continue, toujours sur le même, non seulement durant le temps de la méditation, mais dans toutes les méditations. Il y a ici une différence notable avec une autre forme de contemplation répétitive proche, dont Jean Cassien parlait déjà au Ve siècle, qui consiste à répéter au long de la journée un mot ou une expression que l’on aura saisit dans la lecture de la Bible ou dans la prière des psaumes. Cette rumination est une manière de prolonger presque physiquement la lecture, de continuer à se nourrir d’un texte au milieu des activités.

Comme il s’agit d’une méditation, au sens où l’on goûte le sens ou les sens de ce mot retenu, il est normal que l’on change chaque jour, car cette pratique est une forme de résonance de la prière à la lecture. Ici, le mot n’est pas là pour nourrir la réflexion, pour faire descendre au fond du cœur un aspect du mystère contemplé dans la parole. Sa fonction est d’être un point d’appui pour rester tranquille en présence de Dieu, pour se tourner vers lui. Quand on a du mal à marcher, on ne change pas de canne à chaque promenade, ici on ne change pas de mot.

Le fr. Jean-Marie Gueullette, médecin et théologien moraliste de formation, est maître de conférences à la faculté de théologie de Lyon. Il anime aussi des groupes de prière silencieuse dans toute la France.

mercredi, 18 juin 2008

LIEU POUR LA PRIERE

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Quand on veut mettre en place une prière régulière, cela aide beaucoup de vivre ce moment de prière toujours au même endroit. Que ce soit dans sa chambre, dans un autre endroit tranquille de la maison ou dans l’église du quartier si elle est ouverte, l’essentiel est de trouver l’endroit qui favorise le calme et la prière. Ce n’est pas un lieu où Dieu est plus présent qu’ailleurs, mais c’est un lieu qui nous aide.

Maître Eckhart disait : « Qu’un homme aille aux champs, y dise sa prière et connaisse Dieu, ou qu’il soit à l’église et connaisse Dieu : s’il connaît Dieu davantage parce qu’il est dans un lieu tranquille comme ce lieu l’est d’habitude, la cause en est sa faiblesse, non pas Dieu, car Dieu est le même en toutes choses, en tous lieux. » Sermon 68.
De même, chacun pourra trouver la manière d’installer ce lieu de prière, une bougie, une photo, un bouquet, des choses simples, qui ne demandent pas de temps ni d’efforts pour les installer. Le sanctuaire où Dieu veut être adoré, dit Jésus à la Samaritaine, c’est le cœur de l’homme. Aussi les conditions matérielles sont là pour favoriser le recueillement, elles doivent être adaptées à chacun et ne jamais devenir indispensables : nous devrions être capables d’adorer Dieu en esprit et en vérité n’importe où.

Une manière de se tenir

Dans ce lieu, il faut trouver une manière de s’asseoir qui favorise et exprime la prière. Il y a deux dimensions dans le rapport entre le corps et la prière : le corps exprime et façonne ce qui habite le cœur. Un premier repère se trouve en Dieu : il est bon que le corps exprime un certain respect. Cela peut aider aussi que la posture de la prière ne soit pas une posture de la vie courante. Assis ou à genoux, on n’est pas là pour faire quelque chose de banal, mais pour accomplir un acte de grande valeur. Dès que nous nous retrouvons dans cette position qui est celle de la prière, tout notre être se tourne vers Dieu. Quand des distractions viennent perturber la prière, on peut revenir à l’essentiel en revenant à ce que le corps n’a pas cessé d’exprimer. Prenez le temps de vous installer, de trouver quelle est la position qui vous permet de rester tranquille. Pour pouvoir se détacher de son corps et de ses exigences, il faut commencer par y prêter une grande attention. Parfois de très simples aménagements suffisent pour procurer calme et stabilité : un petit coussin bien placé, une chaise un peu plus haute ou un peu plus basse…

Le fr. Jean-Marie Gueullette, médecin et théologien moraliste de formation, est maître de conférences à la faculté de théologie de Lyon. Il anime aussi des groupes de prière silencieuse dans toute la France

mardi, 17 juin 2008

PRIER SANS POURQUOI

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Au risque de surprendre, il faut bien dire que l’on ne prie pas parce que cela fait du bien. Si un ami vous rend visite uniquement parce que cela calme son angoisse, vous accepterez peut être de lui rendre ce service durant un moment, mais vous finirez par considérer qu’il n’y a pas véritable amitié si ses visites ne trouvent leur raison d’être que dans son bien être. Or c’est bien souvent cela que nous infligeons à Dieu : nous ne le fréquentons que lorsque nous avons besoin de lui. Dieu n’est pas à notre service, la prière n’est pas une technique pour se sentir bien.

Cela n’empêche pas d’être heureux dans la prière ou d’y puiser la paix. Mais on ne prie pas pour sentir la paix ou le bonheur. La fidélité dans la prière devient adulte lorsque nous prions sans pourquoi, dans la paix comme dans la colère, dans le désir de Dieu comme dans la nuit de la foi.

Cela peut sembler trop simple, mais c’est profondément libérant que de se dire, « je vais prier, parce que c’est l’heure… » Tout simplement. Parce que c’est l’heure où j’ai rendez vous avec Dieu, où Dieu attend que je lui donne un peu de mon temps.

Lorsqu’on prépare un repas pour ses enfants, ou que l’on console un petit qui s’est fait mal en apprenant à marcher, on ne se pose pas la question de ce que l’on ressent, ni même de savoir si on a envie ou pas. On le fait sans pourquoi, parce que c’est normal, sans se poser plus de question.

Un devoir qui donne sens à la vie

Il faudrait que notre élan vers Dieu dans la prière trouve la même liberté. Notre culture insiste tellement sur l’authenticité, sur le désir, qu’on en vient à regarder systématiquement de travers toute idée de devoir. Mais c’est pourtant un certain sens du devoir, un devoir que l’on ratifie intérieurement car on le sait juste et bon, qui nous permet de tenir dans la durée, de traverser les orages de la vie de famille, et de la vie spirituelle.

Se tourner vers Dieu chaque jour, c’est la dignité de l’homme croyant, car il reconnaît ainsi Celui dont il reçoit sa vie.

Eckhart disait : « L’homme qui ne cherche en quoi que ce soit son bien propre, qui accomplit toutes ses œuvres sans pourquoi et par amour, un tel homme vit en Dieu et Dieu en lui. » Ne vous inquiétez donc pas si vous ne savez pas trop quoi répondre lorsqu’on vous demande pourquoi vous priez, ou à quoi cela sert. La prière ne sert à rien, elle n’est pas de l’ordre de l’utile et de l’efficace, mais elle nous replace devant l’essentiel.

Le fr. Jean-Marie Gueullette, médecin et théologien moraliste de formation, est maître de conférences à la faculté de théologie de Lyon. Il anime aussi des groupes de prière silencieuse dans toute la France.
 

lundi, 16 juin 2008

PRIER SANS CESSE

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Priez sans cesse » : comment faire dans une vie active ?

L’un des rares enseignements pratiques que contient l’Évangile à propos de la prière n’est pas très rassurant : « Priez sans cesse. (Lc 18,1) » Est-ce à dire que la prière ne serait réservée qu’à ceux qui auraient le temps de ne faire que cela toute la journée ?

Au lieu de rêver, ou de se lamenter, partons plutôt de ce qui est réalisable, dès maintenant. Il est assez difficile de tenter de vivre sa journée en présence de Dieu sans avoir des moments qui lui soient explicitement consacrés. Sans attendre le jour où nous pourrons penser à Dieu en permanence, cherchons déjà à être fidèles à un moment de prière chaque jour.

L’essentiel : fidélité et réalisme

Le principal obstacle au développement de la vie de prière, ce sont les projets grandioses, les résolutions fracassantes. On sort d’une retraite, on est touché par un texte spirituel, et l’on décide de consacrer désormais deux heures par jour à Dieu. Cela dure trois jours, puis la vie reprend ses droits, et on en conclue que l’on est nul, que l’on n’est pas fait pour cela, etc. La seule manière de tenir dans la durée consiste à avoir des projets réalistes, à regarder ce qui est honnêtement possible et cohérent avec sa manière de vivre actuelle. Il est préférable de prendre au départ l’engagement de prier dix minutes et de s’y tenir durant des années, plutôt que de prévoir une heure et d’arrêter au bout d’une semaine. Un programme modeste au départ pourra peut être donner, peu à peu, l’envie de développer ; et la pratique de la prière régulière pourra susciter des changements dans les équilibres de vie. Tant de gens disent qu’il ne serait pas raisonnable de se lever plus tôt pour prier, mais si peu de gens imaginent qu’ils pourraient peut être commencer par se coucher plus tôt… L’essentiel est d’avancer pas à pas, très progressivement, et de préférer la fidélité et la régularité aux prouesses.

Un temps dans la journée

Si nos journées comportent un temps de prière régulier, même si celui-ci n’est pas très long, il nous deviendra peu à peu possible de reprendre pied dans ce climat intérieur de la prière, durant le reste de la journée. En attendant un ascenseur, en faisant la queue à la caisse, on pourra revenir en pensée à ce moment d’intimité avec Dieu. Si la prière quotidienne nous éduque à contempler la présence inconditionnelle de Dieu, auprès de nous et en nous, elle nous permettra de reprendre conscience de cette présence au long du jour.

Le fr. Jean-Marie Gueullette, médecin et théologien moraliste de formation, est maître de conférences à la faculté de théologie de Lyon. Il anime aussi des groupes de prière silencieuse dans toute la France.